samedi 12 mai 2018

"La plante, pour la plante ?"

Ou pour un jardin? La question peut sembler idiote ou provocatrice (elle l'est un peu). A parcourir les allées des Fêtes des Plantes, écouter les visiteurs, "je la veux, je l'ai, je ne l'ai pas", un jardin ne serait-il qu'une accumulation de plantes, une envie de "collection" avec l'objectif du toujours +, de la surenchère du nombre ? (Il arrive que des jardins ouverts à la visite se présentent ainsi).  

La jardinière anglaise Gertrude Jekyll, renommée pour avoir créé et mis à l'honneur les "mixed-borders" notait pourtant dans un de ses ouvrages : "Je suis absolument persuadée que fréquemment la réunion de nombreuses plantes, quels que soient leurs qualités et leur nombre, ne constitue pas un jardin : ce n'est qu'une collection...alors qu'à mon avis, notre devoir à l'égard de nos jardins, comme à l'égard de nous-mêmes, jardiniers en quête de perfectionnement, est d'utiliser les plantes pour composer des tableaux séduisants"...
 Les Grandes Bruyères (45) . Un arboretum certes mais mis en scène et reconnu Jardin Remarquable

Balayons devant la porte. Avec l'enthousiasme de la débutante, émerveillée devant la palette phénoménale des végétaux, j'ai cédé dans mes jardins précédents à ce désir "d'avoir" toute une gamme de rosiers anciens, de géraniums vivaces, de sureaux, de sedums, d'épimédiums et j'en passe...
Est-ce la maturité, l'oeil exercé par les visites de "Grands" jardins, les lectures sur l'histoire et l'art des jardins, les rencontres ? Un peu tout cela certainement. A l'arrivée ici, l'évidence du projet " un jardin dans un paysage ou le paysage dans le jardin" a conduit à me réfréner sur les plantes. Supprimer sans état d'âme de nombreux végétaux horticoles plantés il y a quarante ans "qui n'allaient pas" a sans doute accéléré la réflexion.
Surtout penser structure du paysage, perspectives, échappées visuelles, échelle des strates (arborée, arbustive ...), cohérence des végétaux entre eux (biotope, origine géographique), gamme chromatique du site naturel, contrastes des ambiances et des scènes.
 Le Bois des Moutiers (76). Les jardins autour de la maison "à l'anglaise" dessinés par l’architecte Sir Edwin Lutyens avec la collaboration de son amie Gertrud Jekill.

Les végétaux nouvellement plantés ici, soigneusement choisis, je les apprécie particulièrement pour eux-mêmes. Mais outre évidemment qu'adaptés à la nature du terrain ils vont a priori s'y "sentir bien", ils ont été sélectionnés comme "outils" au service du projet de jardin. Donc le choix a été drastique.
Une chambre de verdure au jardin "La Maison" (22) de la paysagiste Clare Obéron  

Hormis quelques exceptions, un même arbuste une fois que je l'ai testé est planté en plusieurs exemplaires dans une scène qui se veut "naturelle" (stachyurus praecox, stephanandra tanakae, fothergilla major...) Très peu à l'unité.
L'allée centrale du verger bordée d'un même magnolia de printemps. Jardins du Grand Courtoiseau (45). Jardin Remarquable 

De même les vivaces en "mosaïque" (dans la bordure du talus ou les massifs de l'entrée) : plusieurs exemplaires de quelques vivaces très différentes imbriquées les unes dans les autres en s'inspirant de la nature comme le recommande de longue date Didier Willery. (déjà en 1997. cf. Un jardin facile à entretenir. Bordas).
Pourtant je ne vais pas le cacher..."la coulée des hydrangeas" fait la part belle à une palette variée d'hydrangeas serrata. Et je ne peux me passer de différents épimédiums et diverses fougères. Quand on aime...
Pour conclure osons le contrepied (autre provocation?) avec le jardin Vrtbà à Prague. Un jardin baroque dans le style italien (1720) à l'arrière du palais de Joseph Vrtbà riche commandant du château de Prague. Un jardin de terrasses en trompe l'oeil adossées à la colline, ornées de sculptures de divinités romaines, offrant tout en haut un spectacle somptueux sur les toits et le quartier historique de Malà Strana. Quelques plantes oui, en broderies, au service de l'architecture...

2 commentaires:

maryse h a dit…

J'avoue avoir eu et avoir encore cette collectionnite aigue pour certaines vivaces et arbustes. Mais mon évolution jardinesque , comme toi liée aux visites de jardins et lectures,tend vers l'architecture des paysages .Ce qui me conduit à réfreiner cette compulsion et m'oblige à restructurer le jardin .Ce qui n'est pas évident. J'ajoute que ma "collectionniste" tient surtout à tester une nouvelle plante plutôt que d'avoir la dernière nouveauté, celle ci n'étant pas forcément synonyme du "mieux".Bref , maintenant , je suis beaucoup plus attentive au rendu final dans tel emplacement lors d'un achat.

Dominique a dit…

Avoir un oeil "neuf" dans son jardin après s'en être absenté et avoir vu tout autre lieu est très excitant. Tester une nouvelle plante? On est toutes pareilles...je viens de ramener de chez Colette Sainte-Beuve un thalictrum minutum "aconitifolium" et 4 variétés de geranium (wlassovianum et pratense, 2 de chaque)qui m'étaient totalement inconnus. Je te le dis, je n'arrête pas de balayer.... Ces plantes vont rejoindre les proches de leur genre. J'aime bien comparer leurs différences dans un même massif et j'ai quelques places encore "à garnir" entre les arbustes. Mais les "dernières nouveautés" tu as raison, les créations qui disparaissent en quelques années...(soupir).