mercredi 31 octobre 2018

L'automne dans les jardins pragois

Les jardins et les parcs de la ville de Prague sont des havres de calme à l'écart des lieux arpentés par des groupes touristiques internationaux.  Les pragois aiment leurs jardins et les parcs, nombreux rive gauche de la Vltava dans le quartier de Malà Strana mais aussi à la périphérie de la capitale. En cette saison les feuillages d'automne mordorés s'accordent aux ocres jaunes des façades et aux orangés des toits en tuiles. Le noir des troncs apporte un caractère très graphique et souligne la silhouette des grands feuillus.
 Le parc de Kampa au bord de la Vltava
 
C'est aussi le moment où l'on remarque combien ces jardins et parcs sont entretenus. Les charmilles, les topiaires, les broderies des jardins baroques sont impeccablement taillées.
Le jardin baroque Wallenstein du 17è siècle, aujourd'hui jardin du Sénat tchèque.

Ce jardin est le seul visité par les touristes en groupes. Traverser le jardin Wallenstein le matin tôt permet d'en apprécier tout le charme. 

 La conduite des grimpants est très réfléchie, parfois avec un brin de fantaisie (comme celle de laisser au lierre la liberté de se glisser sur les branches basses d'un alignement de magnolias de printemps, jusqu'à 0,60cm de haut...pas plus). A l'inverse des rhododendrons peuvent être tenus relativement bas en topiaires.
L'entrée du jardin Ledeburskà (Ledebour garden), un des jardins qui s'étagent en terrasses bien exposées au sud sous le château de Prague 
 Les fleurs des platebandes ne sont plus que souvenirs mais le dessin de ces jardins à cette saison n'en est que plus présent.  Des jardiniers s'affairent, ici pour reconstruire le bassin au coeur d'un jardin historique, là pour trier et replanter des bulbes de printemps.

La partie privée des jardins de l'ancien palais Fürstenberg, aujourd'hui une ambassade, se laisse voir aux passants à travers les grilles
Ces jours-ci j'ai découvert un autre de ces jardins situés sous le château de Prague, les jardins en terrasses du palais Fürstenberg (Fürstenberské zahrady). Ces jardins ont été restaurés avec l'apport de fonds de l'Union Européenne comme le rappelle un panneau à l'entrée.
D'étroites et hautes terrasses structurent le jardin étagé sur une forte pente. Pieds de vigne, arbres fruitiers, rosiers et vivaces occupent en lignes chaque parcelle de terre. D'autres cultures sont palissées sur les murs de soutènement. Et deux petites serres ont été construites à mi-pente. Un jardin très géométrique. 
Un alignement de prunus superbe par ses couleurs d'automne souligne le dessin des terrasses
 Les dernières roses du jardin, en bordure de l'allée principale bordant les terrasses
De grandes bassines recueillent l'eau de pluie sur les terrasses supérieures afin d'arroser plus aisément les cultures
 Le haut du jardin multiplie les vues sur l'ancien palais et son jardin privé

 
 Le jardin Fürstenberg est aussi le chemin idéal pour monter directement à l'entrée Est du château, évitant ainsi les hordes de touristes qui envahissent les rues principales de Malà Strana, la place de Hradcany et l'entrée principale.  
  
J'aime revenir dans ces parcs et jardins à chacun de mes séjours, les découvrir différents avec les saisons, en dénicher d'autres qui ne figurent pas dans les guides. Beaucoup seront fermés pour l'hiver jusqu'au printemps et il était temps en ces derniers jours d'octobre d'y retourner.  
Le jardin Vrtbov,en septembre 2016. Un autre jardin baroque d'un ancien palais du 18ème siècle. Il s'étage sur le versant opposé de Malà Strana, en bas de la colline de Petrin.
On accède à l'entrée du jardin très discrètement, par un porche et au fond d'une ruelle donnant sur la rue Karmelitskà

lundi 22 octobre 2018

Autres lieux, autres jardins

Autres lieux, autre univers... Sur les hauteurs de la station balnéaire d'Arcachon la Ville d'Hiver a conservé un ensemble exceptionnel de villas et jardins de la 2ème moitié du 19ème siècle...Sur des dizaines d'hectares, se succèdent des maisons de villégiature de toutes tailles, depuis l'imposant et ostentatoire "château" au modeste "chalet" désuet au charme fou. Une architecture "pittoresque" et débridée qui associe plusieurs styles, néo-classique, néo-gothique, mauresque, colonial...

Station de cure renommée dès les années 1820 pour les bains de mer, les banquiers Péreire et leur Compagnie des Chemins de Fer du Midi aménagent quarante ans plus tard un très vaste lotissement sur les hauts de la dune plantée de pins. Sur certaines parcelles en contrebas ils construisent de petits "chalets"destinés aux curistes, mis en vente ou en location. 

La Ville d'Hiver d'Arcachon connut rapidement un grand succès. De riches négociants bordelais, des industriels fortunés, commerçants, fils de familles britanniques acquièrent des lots et se font construire de vastes demeures montrant leur bonne fortune.

J'ai arpenté la Ville d'Hiver plusieurs heures le week-end dernier, grimpant et descendant les allées en courbe et les rues dessinées soigneusement (pour éviter les courants d'air) lors de la création de ce quartier  très "fashionable". 
 Le développement des jardins aménagés dès l'origine a transformé au fil des décennies l'ambiance de la Ville d'Hiver.  Certaines villas se devinent seulement à travers leurs jardins. 
Des "vues sur mer" se sont fermées, les grands arbres exotiques plantés ont modifié l'échelle du site, des arbustes se sont multipliés et ont pris leurs aises. Rhododendrons, pittosporums, arbousiers, lauriers rose sont partout. Et le fleurissement du Parc Mauresque, dans "le style Napoléon III" avec nombre d'espèces exotiques, est ici bien à sa place. 
Malgré tout des arbres subissent de plein fouet les fortes tempêtes. D'autres résistent. J'ai remarqué la haute silhouette de splendides pins parasols et la ramure extraordinaire de chênes liège. 

La plupart des jardins, soigneusement entretenus ou non, sont empreints d'une certaine nostalgie, tout comme ces architectures. L'étonnant est qu'elles et eux aient résisté aux générations suivantes (de spéculateurs), contrairement à bien d'autres stations balnéaires françaises, et que cet ensemble, extraordinaire par son nombre et sa diversité, perdure. Le découvrir en se perdant dans le dédale des rues, allées et impasses est un enchantement.  

mercredi 10 octobre 2018

La pluie, pour le pire et pour le meilleur

Enfin! la pluie...attendue ici, catastrophique et monstrueuse sous d'autres cieux. En des temps si bouleversés il y a une certaine indécence à la réclamer et vanter ses bienfaits au jardin. En peu de jours on peut mesurer le degré de résilience des plantes après cette longue, très longue période de sécheresse. Celles qui en auront réchappé, même affaiblies, les imperturbables qui n'ont pas bronché (cf.article précédent) et celles au sort incertain. J'attendrai jusqu'au printemps prochain le verdict final dans l'espoir que quelques-unes (des vivaces notamment) se soient mises prématurément en dormance...
 Même les jeunes arbres plantés depuis cinq ans ont dû être arrosés chaque semaine pendant l'été, le terrain étant en pente, le sol léger et très drainant
Après une longue léthargie, le jardin étant entré "en résistance" tout l'été, le cycle s'accélère. La pluie, l'alternance de fraîcheur et chaleur entre la nuit et le jour, et surtout les jours plus courts ont déclenché quasi du jour au lendemain le virage aux couleurs d'automne des arbres et arbustes : liquidambar styraciflua, cornouiller officinal, cornus controversa Pagode.
Les feuilles du cornus controversa tournent progressivement au rose
Les fothergilla major aussi prennent des couleurs. Mais étrangement ces arbustes ont des tonalités différentes selon les pieds (variant avec leur provenance?). Des fothergilla major achetés en pépinière tournent au jaune beurre... formant un joli contraste avec les bruyères d'hiver blanches déjà en boutons.
 
Un autre groupe plus âgé de fothergilla major  (des marcottes apportées de l'ancien jardin) prennent des teintes en dégradé écarlate, orangé et grenat.
Les couleurs d'automne sont fugaces chez certains végétaux. Ainsi les amélanchiers, merisiers, hamamélis, stewartia perdent ensuite rapidement leurs feuilles, et pas seulement à cause du vent. Les couleurs sont précoces et de longue durée chez d'autres (stachyurus praecox, cornus officinalis) ou tardives comme chez les azalées mollis, les hêtres, encore verts. 
Le cornouiller officinal commence à peine à se colorer en de subtils dégradés
 Au début de l'automne on remarque aussi combien de jeunes arbres ou arbustes ont grandi, forci en hauteur et en volume. Certains introduits il y a 3-4 ans prennent leurs couleurs pour la première fois : le liquidambar (sur un feuillage  abondant et des feuilles plus grandes), les fusains planipes (euonymus planipes) qui portent aussi leurs premiers fruits. Dans la haie du bord de route les fruits des fusains d'Europe (des semis spontanés replantés il y a 4 ans) sont bien plus abondants que les années précédentes.
Tout cela a de quoi mettre du baume au coeur de la jardinière qui fut très inquiète "pour ses petits" pendant l'été...

lundi 10 septembre 2018

Le jardin sous perfusion, et après?

Fin de cette longue pause estivale de l'écriture. Vivre dans une belle région côtière incite amis et enfants à venir pendant l'été (à ma plus grande joie!) me tenant à l'écart de l'ordinateur. Il est plus que temps de partager l'expérience de cet été si éprouvant pour les jardins. On ne sait si" l'hiver sera rude" (selon la blague québécoise...) mais l'été 2018 l'a été et même "très, très rude". Canicule ou fortes sécheresses à répétition...jusqu'à aujourd'hui, orages et trombes d'eau soudaine pour certains, peu de jardins ont été épargnés.
 Ici malgré les températures relativement clémentes (c'est à dire moins élevées qu'ailleurs en France), l'absence de pluies pendant des semaines et des semaines (15mm, 5mm seulement... depuis près de 3 mois) est redoutable.
Un arrosage le matin tôt avec l'eau du puits, tous les deux jours pour les secteurs les plus sensibles, maintient sous perfusion les "musts" du jardin : hydrangeas, jeunes rhododendrons, azalées caduques, vivaces... Certains végétaux se défendent comme ils peuvent, recroquevillant leurs feuillages ou laissant se dessécher quelques branches hautes au profit des plus basses.
Etonnament le photinia davidiana Palette, imperturbable, a lancé cette année de longues nouvelles tiges de 40cm, contredisant sa réputation d'un arbuste à croissance très lente 
Plusieurs arbres et arbustes m'ont pourtant surpris, semblant insensibles au déficit d'hygrométrie, continuant leur croissance sans donner aucun signe de faiblesse.  Il faut les citer car peut-être sont-ils porteurs d'avenir (en terrain acide) : les  hamamélis (qui forment maintenant leurs boutons à fleurs), les fothergilla major, le liquidambar styraciflua Andrew Henson (aussi de la famille des hamamélis), le styrax japonica, l'acer griseum, et non surprenant,  les arbustes "méditerranéens" comme les arbousiers (arbutus unedo) et les chênes verts, spontanés ici sur le littoral sud Bretagne. Parmi toutes les fougères les polystichum munitum n'ont jamais été à la peine. 
Triste palmarès quand même qui n'augure rien de bon. Le futur des jardins sera sans nul doute le sujet de discussions et d'échanges lors des fêtes des plantes de l'automne. 

jeudi 19 juillet 2018

Amour ou haine ? Les montbrétias

Certains les adorent pour la facilité de culture, l'absence d'entretien, l'abondance et la gaieté des fleurs, la durée de floraison l'été (du début juillet à septembre). Le climat breton semble convenir à ces bulbes originaires d'Afrique du Sud qui apprécient les sols légers et frais au soleil, résistant quand même au froid (jusqu'à -12°). 
D'autres s'en méfient comme de la peste...leur vigueur à se propager dans les massifs étant réputée difficile à contrôler.
Ils sont arrivés ici du Vasterival subrepticement au pied d'un hydrangea angustipetala macrosepala (en même temps que l'anemone nemerosa à minuscules fleurs vertes. cf article du 3 mai 2018). J'ai hésité à conserver les bulbes ou plutôt des cormes (ayant l'aspect de bulbes mais formés " d'une tige renflée entourée d'écailles" cf.Wikipédia) lorsque sont sorties de terre les jeunes feuilles bien reconnaissables.

Montbrétias ou crocosmias ? Il semble que le terme montbrétia s'applique aux "vieux" cultivars (crocosmia x crocosmiflora) alors que les "modernes" sont d'autres hybrides (crocosmia x masonorum). Dont acte. Leurs caractéristiques diffèrent : un feuillage souple, des petites fleurs abondantes et une floraison même à mi-ombre, un caractère assez envahissant (crocosmia x crocosmiflora) ; un feuillage raide et plissé, de plus grandes fleurs en épis (crocosmia x masonorum), à l'exemple du célèbre Lucifer rouge vif. 

Les montbrétias seraient plus rustiques que les autres crocosmias. Découverts il y a une centaine d'années, issus d'un croisement  (c.aurea et c.potsii), les montbrétias ont d'abord été identifiés sur des talus, dans des haies, sur des terrains en friche des côtes atlantiques africaines.  Beaucoup ont été produits et nommés depuis. 
Les montbrétias au Vasterival (extrait op. cité ci-adessous)
 Pour en savoir un peu plus sur les intrus j'ai repris le premier ouvrage publié en 1995 par la princesse Sturza sur le Vastérival. Les montbrétias y figurent en effet, photographiés dans un massif orangé estival composé de rosiers (Buff Beauty, Mrs Oakley Fisher, Whisky Mac, Abraham Darby) avec une graminée, le carex buchananii, des dahlias à fleur de cactus ton sur ton et des pavots orange.  Ailleurs dans son jardin une clématite Niobe rampe au pied d'un pommier parmi le feuillage de montbrétias.

La princesse précise que tous les bulbes restent en terre protégés l'hiver par son fameux "mulch". Tous les deux ou trois ans au printemps, ils sont sortis, divisés et replantés dans une terre enrichie de fumier et de compost (Le Vastérival. Jardin d'une passion. Princesse Greta Sturdza. La Maison Rustique. 1995).

Toujours au Vastérival dix ans plus tard, si les montbretias ont été remplacés dans certains massifs pour changer leur tonalité (du rouge orange au rouge bleu violacé...), on remarque des montbrétias dans plusieurs lieux du jardin. Ils sont ainsi en fleurs à l'ombre du pied d'un prunus, en harmonie avec le brun clair et brillant de l'écorce. Des montbrétias au pied d'autres rosiers, des montbrétias encore pour leur jeune feuillage vert tendre devant une azalée blanche Palestrina près de sceaux de Salomon. Et une touffe de montbrétias au milieu d'une multitude de fougères et de graminées dans un creux très frais l'été. (Un jardin pour les quatre saisons. Princesse G.Sturdza. Ulmer. 2005).   
Ici pas question de replanter les montbrétias dans la bordure de vivaces en mélange : avec le temps je crains qu'ils étouffent leurs délicates voisines. A toute fin je les ai cantonnés dans un triangle entre trois arbustes. 
Ces arbustes en mai dernier à l'ombre le matin : (sur la gauche) boutons à fleurs du rhododendron Fabia et devant jeunes pousses du pieris "ton sur ton" 
Deux de ces arbustes ont aussi à d'autres saisons des tonalités orangées : le pieris japonica Forest Flame (les jeunes pousses), le rhododendron Fabia (les fleurs en trompette), le troisième arbuste étant le chèvrefeuille d'hiver (lonicera fragrantissima). Le feuillage des montbrétias, abondant et élancé, haut d'une soixantaine de cm,  apportera un contraste aux feuilles des arbustes hors période de floraison.

Visuellement les montbrétias seront proches d'un autre massif aux mêmes teintes chaudes (des euphorbes griffithi Great Dixter, Fire Glow, une fougère - dryopteris  erythrosora -, le revers des feuilles d'un  rhododendron). Plus tard les couleurs automnales du feuillage des montbrétias seront à l'unisson.
A proximité le tout jeune rhododendron Sir Charles Lemon commence à montrer après 4 ans de plantation le revers magnifique de ses feuilles 
 Les euphorbes griffithii Fire Glow très lumineuses au printemps ont pâli en fin de floraison
Entre les trois arbustes les bulbes pourront se développer  librement, occuper tout l'espace (concurrençant les "mauvaises herbes": glechome, lierre rampant, semis de violettes) et sans laisser grainer les fleurs seront faciles à circonscrire. En d'autres termes je les garde à l'oeil.

jeudi 12 juillet 2018

Corydalis ophiocarpa , un nom compliqué pour une plante simple et facile

Recommandée par un bon "pro" comme facile, pas très durable mais se ressemant facilement le corydalis ophiocarpa a été l'une des premières vivaces plantées dans le nouveau jardin, en pied de talus à la mi-ombre lumineuse.
Le feuillage joue entre le gris bleuté et le gris vert et devient mordoré l'hiver. (Souvent présenté comme persistant, il n'y est quand même pas au mieux de sa forme).
 Familière depuis longtemps et avec bonheur d'un autre corydale au comportement similaire (le corydalis cheilanthifolia au très fin feuillage), j'espérais qu'il fasse de même : se ressemer où bon lui semble, près ou loin du pied-mère...le long du talus.
En réalité il s'est contenté les trois premières années de rester sur place, en se ressemant certes mais au plus près. Des plants relativement modestes s'insinuant entre des geraniums pyrenaicum Bill Wallis (lui prolifique!), non loin d'une ajuga reptans purpurea (à surveiller...).

J'ai donc été d'autant plus étonnée de découvrir l'année dernière à vingt mètres de là dans le  bas du jardin, dans la partie la plus fraîche et à l'ombre, un semis plantureux, très fourni au pied d'un arbuste. En 2018 le corydalis ophiocarpa a enfin pris toute liberté et s'est ressemé à de nombreux endroits plus à l'ombre : en haut du talus, entre deux pierres, près d'une souche...
Tous des plants vigoureux,  superbes et bien florifères (une floraison discrète blanc crème). Des associations impromptues avec les fougères, les pulmonaires "Majesté" (qui se ressèment aussi depuis un an...).  Preuve que le corydalis ophiocarpa a trouvé par lui-même ses conditions optimales de culture.  Cool!
Un "petit cousin" : le corydalis lutea à fleurs jaunes, originaire des Alpes, arrivé ici par une erreur d'étiquetage. Au soleil pendant deux heures l'après-midi, il reste petit (15cm). Il serait peut-être plus prospère en rocaille d'ombre.   

jeudi 5 juillet 2018

Avis de recherche...

...lancé pour identifier ces 5 hortensias. Ils ont au moins 25 ans (voire 40...), des résistants restés sans soin pendant une dizaine d'années. Tous dans ce sol acide fleurissent "en bleu". Ayant surtout des affinités avec les hydrangeas serrata, j'avoue que sur les h.macrophylla," je suis collée". L'avis de recherche n'ayant rien donné, il fallait inverser les investigations. Les comparer (dans les catalogues de producteurs et les ouvrages spécialisés) avec les descriptifs et photos d'hortensias "classiques" connus de longue date donne de quoi s'amuser au jeu "et si c'était?"
 
L'inconnu n°1 : Un macrophylla à tête plate, très grand (presque 2,50m de haut sur 1,50m de large), planté au nord-ouest, à l'ombre hormis une heure en fin de journée. La floraison ne dure pas et les fleurs fanées n'ont pas d'intérêt. Et si c'était l'hydrangea macrophylla Teller Blaumeise (créé par Teller en 1979)? 

L'inconnu n°2 : A l'inverse cet hortensia assez grand (+ de 1,50m) est magnifique à l'arrière saison : les fleurs très bleues virent au vert jade et rouge lie de vin.  
Fleurs et feuilles sont dentées, les jeunes tiges noires (intérêt supplémentaire). 
Planté sur la façade nord il ne reçoit jamais le soleil, ce qui lui convient manifestement fort bien. Et si c'était l'hydrangea nigra? Oui mais les sépales des fleurs du "nigra" ne sont pas dentés et les tiges de celui ci-dessus sont noires seulement lorsqu'elles sont jeunes.  Ou alors l'hydrangea macrophylla Europa aux sépales très dentés? ou encore Renate Steiniger dont les feuilles ont de grosses dents irrégulières? (cf. Corinne Mallet. Hortensias et autres hydrangeas. vol.2)


L'inconnu n°3 : Celui-ci au contraire végétait à l'ombre dense d'un chêne et je l'ai trouvé malingre, ne fleurissant même pas.  Déplacé à la lumière du matin, il a pris du volume et fleuri dès l'année suivante. 
Il forme maintenant un arbuste tout rond (1,20m d'envergure et de hauteur) avec une floraison très généreuse. Des chances qu'il s'agisse de l'hydrangea macrophylla Générale Vicomtesse de Vibraye (obtenu par Emile Mouillère en 1909).  
L'inconnu n°4 : Orienté ouest mais à l'ombre portée d'un auvent, cet autre hortensia s'étire en hauteur à 1,50m  et cherche la lumière. Il souffre de l'expansion du premier décrit et je prévois de le déplacer.  
Les longues tiges trop faibles ont plié sous les fortes pluies des derniers jours. Peut-être l'hydrangea macrophylla "Enziandom" (un ancien cultivar créé en 1950 par un célèbre obtenteur allemand August Steiniger), reconnaissable par ses pétales pointus.

L'inconnu n°5 : Enfin cette variété plus basse (1m environ) constituait toute une bordure éclairée au soleil de l'après-midi (ardent en plein été). 
Cet hortensia semble mieux apprécier la mi-ombre claire : les premiers pieds transplantés (et paillés) ont bien forci. Les fleurs s'ouvrent en rose avant de virer rapidement au bleu violine.Il reste beau en fin de floraison. Ne serait-ce pas l'hydrangea macrophylla Bodensee? (un "ancien" qui date des années 1950).

Des doutes subsistent mais je souhaitais tenter de redonner un nom à ces beaux inconnus... Parce qu'ils le valent bien! 


jeudi 28 juin 2018

Ont-ils vraiment soif ces hydrangeas?....

Certes oui par ce soleil ardent, les températures frôlant voire dépassant les 30° et le vent chaud.  Un tour du jardin à la fraîcheur des premières heures du matin s'impose depuis quelques jours.
 La chaleur a écourté la somptueuse floraison bleu profond du précoce hydrangea serrata subsp. yezoensis. En un jour les fleurs stériles ont pâli et se sont piquetées de rose 

Sans compter la grande sensibilité des plus jeunes hydrangéas plantés l'hiver dernier, le plus assoiffé de tous est sans conteste l'hydrangea serrata "Sapphirine" ( ou "Water Sapphire", autre nom prédestiné), encore dénommé Aquarelle.... C'est effectivement un pur joyau, translucide et diaphane, bleu ou rose pâle selon la nature du sol, acquis auprès de Paul Dussine il y a plusieurs années. Très sensible à la sécheresse il "donne l'alerte" pour tous les hydrangeas du jardin. 
Planté en pied de talus dans le sol plus humifère, l'hydrangea serrata "Sapphirine n'a pas bleui

Depuis toujours la délicatesse des hydrangeas à "fleurs plates" a ma préférence qu'ils soient de l'espèce macrophylla (originaires du bord de mer) ou serrata (de la montagne). Principalement les hydrangea serrata : dans mon ancien jardin de ville au sol légèrement argileux ils supportaient bien les sécheresses estivales. Ici en sol plus léger et très drainé, les h.serrata se plaisent vraiment (le sol drainant est leur milieu d'origine) mais il faut être plus vigilant dès le printemps. (Au Japon, juin est la saison des pluies avec une hygrométrie de plus de 90%...).
L'hydrangea Tokyo Delight, un grand hybride (h.serrata x h.macrophylla) commence tout juste à fleurir (d'abord en blanc puis bleu avant de virer au rose rouge pendant l'été). Il résiste relativement mieux que d'autres à la sécheresse
Robert Mallet (de la collection Shamrock. Varengeville-sur-mer.76) souligne les différences de caractéristiques entre les deux espèces- hydrangeas serrata et macrophylla - et distingue clairement ses recommandations quant à la plantation et l'arrosage.
Le "grand" h.serrata Grayswood (+ de 1,50 m x1,50m à maturité) beau toute la saison y compris les fleurs fanées qui peuvent rester longtemps rouge foncé et vert amande
Les h. serrata de taille modeste (0,80m à 1,20m) ont des racines en surface. En principe ils résistent mieux au froid. Ici, après les fortes gelées de l'hiver dernier, des jeunes h.serrata plantés depuis un an à peine ont totalement perdu leurs parties aériennes mais sont repartis vigoureusement du pied au printemps. 

Robert Mallet conseille d'arroser souvent les hydrangea serrata, mais peu, de ne pas attendre (ils ont du mal à récupérer après un manque d'eau), de les pailler abondamment après les pluies de printemps, et de ne planter que des plantes déjà grandes dotées de fortes racines. (Mes quelques échecs pourraient venir de là, succomber à l'envie, mais des plantes trop jeunes et faibles...). 

 Il conseille aussi de ne pas hésiter à tailler les branches les plus hautes, les plus vieilles, qui se dessèchent les premières. Je n'avais pas osé le faire jusqu'ici sur un h.serrata Beni Gaku âgé d'une dizaine d'années, transplanté de mon ancien jardin (les branches âgées et fatiguées étant seulement raccourcies). L'hydrangea peine en effet à "rajeunir" et faire de nouvelles pousses partant du pied. Je le taillerai en suivant son conseil avant le début du printemps prochain.  
L;hydrangea serrata "Shojo", un des plus beaux bleus, presque "flashy" certaines années

Les hydrangeas macrophylla demandent un sol davantage riche et humifère. Généralement plus grands (1,60 à plus de 2m tels h.macrophylla Veitchii, Sea Foam..), leurs racines plus profondes résistent à la chaleur et à un épisode de sécheresse. Robert Mallet conseille, lorsqu'on constate le soir des feuilles affaissées et des fleurs amollies, de ne pas arroser trop vite. Il est important d'encourager les plantes à chercher l'eau en profondeur. 
Il faudra arroser seulement si les feuilles ne se sont  pas relevées le matin, en laissant couler l'eau longtemps du tuyau d'arrosage (à faible débit) : l'eau pénètrera ainsi en profondeur. Il recommande aussi d'arroser de même l'hiver après un long épisode de gel non suivi de bonnes pluies.
 L.hydrangea Odoriko Amacha (serrata?macrophylla?les avis semblent diverger...), un vigoureux buisson d'1,20m bien rond et souple, très florifère  

Comme les hydrangeas serrata, les h.macrophylla seront paillés juste après l'arrosage (en veillant à ce que le collet de la plante reste dégagé).  
Je citerai deux hydrangeas macrophylla, plusieurs de cette espèce figurant aussi parmi mes préférés : l'h.macrophylla "Mariesii Lilacina" un classique créé par le grand horticulteur Victor Lemoine en 1904. Une beauté à admirer de près le mois prochain. Plus tardif il a un port souple, des fleurs fertiles violet au coeur, des fleurs stériles bleu roi et tard dans la saison un revers rouge sang (l'h. serrata Grayswood aussi, en sol neutre en tout cas car ici en terrain nettement plus acide le Grayswood ne prend pas hélas cette coloration. cf articles des 2 juillet - 21 novembre 2007, 6 août 2008).
 
Autre "coup de coeur", l'hydrangea macrophylla "Zorro" , un grand "nouveau" à fleurs bleu profond et aux spectaculaires tiges noires, vu pour la première fois dans la collection Shamrock. 
 Le tout jeune h.macrophylla Zorro planté cet hiver à l'extrémité d'un massif recomposé avec d'anciens h.macrophylla du jardin (d'une variété non encore identifiée...).

A condition d'être très attentif aux conditions d'exposition que requiert chaque plante (outre l'arrosage), - ombre totale, ombre lumineuse, mi-ombre (soleil tôt le matin seulement), "soleil" (cela dépend de la vigueur de l'ensoleillement...) - , il y a peu de déceptions ou d'échecs. Avec les hydrangeas on a l'embarras du choix.