samedi 16 février 2019

La melica uniflora alba, une graminée épatante

"Nulle autre graminée capte la lumière avec tant de douceur". On ne saurait mieux dire. C'est ainsi que J.P. Cordier présente les melica ou "herbes aux perles" (Guide des plantes vivaces. Horticolor. 1997). Alors que les graminées sont revenues à la mode en France depuis longtemps il semble que les méliques aient été quelque peu oubliées (hormis la mélique ciliée - melica ciliata-). 

Celle-ci la melica uniflora f.alba ou albida est plus fréquemment cultivée en Angleterre. C'est d'ailleurs dans le jardin de Clare Oberon, paysagiste anglaise installée en Bretagne (cf. article du 20 juillet 2017) que je l'ai vu pour la première fois. 
 La melica uniflora alba chez Clare Oberon dans un mélange de vivaces en bordure d'un massif d'arbustes à l'ombre
La melica uniflora alba était en fleurs début juin c'est à dire ornée de minuscules grains de riz blanc qui brillaient dans l'ombre. Une légèreté et une grâce qui m'ont épatée. 
C'est une "native" présente en Europe, répertoriée dans les forêts de hêtres des Vosges,  dans le Bassin Parisien... Dommage de l'oublier car cette graminée n'est pas difficile. Indifférente à la nature du sol elle convient à l'ombre sèche, ce qui dans les temps actuels.... Elle fleurit abondamment pendant 3 mois, de mai à juillet.  La hauteur du feuillage très fin (plus que la luzule), vert frais, varie de 30 à 60cm. Si elle se plait, elle peut coloniser un espace. La pépinière de Beth Chatto Gardens (Colchester.Essex) la recommande en compagnie de fougères, d'hostas, du dicentra Langtrees...
Par chance Philippe Le Goff (pépinière Le Clos d'Armoise) l'avait multiplié et j'ai pu la planter l'année dernière en pied de talus, dans la partie la plus ombrée, près d'une ancienne souche en compagnie de fougères (polystichum polyblepharum), geranium phaeum Blauwoet et disporopsis pernyi
 Un des jeunes plants introduits au jardin en mai 2018 
La melica uniflora alba n'a cessé de fleurir jusqu'à l'automne et s'est déjà un peu étoffée. Les jeunes plants avaient pris l'hiver l'allure d'une chevelure blonde. Je viens de remarquer qu'ils n'attendent pas le printemps pour "repartir". 

jeudi 7 février 2019

Blanc manteau, les bruyères d'hiver (erica x darleyensis)

A l'ouest en bord de mer la neige fait défaut l'hiver. Pas de lumière si particulière ni de crissements sous les pas (j'admire avec envie les photos postées ces jours sur les blogs amis). En compensation, si je puis dire, j'étends chaque année un peu plus un tapis de bruyères d'hiver à floraison blanche, erica x darleyensis, près de la maison, à l'est sur la pente jusqu'au magnolia liliiflora nigra et  l'hamamélis Diane. En émergent çà et là 5 pieds encore jeunes de fothergilla major et 2 rhododendrons nains calostrotum ssp.keleticum (à peine plus hauts que les bruyères : 0,60cm). 
En avril la floraison blanc crème des fothergilla prendra le relais des bruyères et la touche des rhododendrons s'accordera à la floraison du magnolia.

Les erica x darleyensis ont pour origine un hybride naturel issu du hasard, un croisement inattendu et remarqué entre deux espèces cultivées dans un même jardin anglais il y a près de cent ans...une erica carnea et une erica erigena (ou mediterranea). Les croisements ont été favorisés depuis par les producteurs qui ont créé de nombreux cultivars.
Les erica x darleyensis ont bien des atouts. Rustiques elles apprécient les sols très acides comme légèrement calcaires à condition que le sol soit drainé à léger. Vigoureuses, elles occupent en peu d'années un espace conséquent, chacune de 0,60 à 0,70cm de large, jusqu'à former un couvre-sol efficace étouffant  les adventices. Je les aide les premières années en désherbant consciencieusement et en déposant à l'automne entre les jeunes plants un tapis de feuilles de chênes. 
Plus à l'ombre sous les branches basses du magnolia liliiflora nigra plusieurs hellébores orientales "White ladies spotted" remplacent les bruyères. Elles annoncent par leurs pétales mouchetés de rouge pourpre (de façon prémonitoire...) la floraison printanière du magnolia.
La floraison de ces bruyères d'hiver qui commence vraiment ici à la mi-janvier est abondante et longue.  Leur nectar est très apprécié des insectes et le tapis "bourdonne" véritablement les beaux jours d'hiver.  
J'ai mélangé trois variétés différentes d'erica x darleyensis à floraison blanche au fur et à mesure de l'extension du tapis. Les nuances se remarquent à peine pendant la floraison mais apportent des variations pendant l'été et l'automne par le feuillage vert foncé, vert clair, vert tendre selon les variétés, ce qui évite la monotonie. 
* Silberschemlze, au feuillage d'un vert soutenu, vigoureuse, d'origine allemande (40cm).
*White Glow, compact, au feuillage foncé avec des pointes rosées en mai, plus basse (25cm) en bas du tapis.
*White Perfection, la première à fleurir, au port érigé (40cm).Cette variété plus récente a obtenu un Award Garden of Merit de la RHS.  
Le tapis composé maintenant d'une cinquantaine de pieds commence cette année à prendre "de l'allure". Au printemps la floraison passée, il sera indispensable de tailler l'ensemble à la cisaille pour une remise en forme et surtout éviter un vieillissement prématuré : épointer sans tailler sur le vieux bois, dès la première année de plantation.
Encore trois conseils issus de l'expérience... (pas toujours heureuse) : planter profond en enterrant la base du feuillage, arroser régulièrement les deux premières années les jeunes plants qui sèchent très rapidement, vérifier quelque temps après la plantation que la motte ne s'est pas déchaussée, péril mortel pour la plante. 
Enfin Bernard de la Rochefoucauld (Arboretum des Grandes Bruyères en forêt d'Orléans à Ingrannes.45) a partagé ses connaissances dans un ouvrage édité en français par Rustica (1997) "La bruyère. Choix des variétés, culture, associations", utile et qu'on trouve encore en vente en ligne.    

lundi 4 février 2019

Houx! houx!houx! (suite et fin)

Les fêtes des plantes sont toujours source de découvertes chez les pépiniéristes collectionneurs. Le premier week-end de septembre 2018 avaient lieu "Les journées des plantes de Guerlesquin", petite cité de caractère située en centre Bretagne (29). J'y étais pour la première fois surprise de découvrir ce lieu joli et accueillant, l'ambiance chaleureuse et communicative, une organisation  impeccable. Cette fête des plantes réunissait sous l'impulsion de la pépinière Sous un arbre perché une palette formidable de 30 producteurs collectionneurs dont plusieurs venus de loin, des quatre coins de la France : Mela Rosa, Maurice Laurent, les Laurains, des Deux Caps, Plantemania... sans les citer tous. 
Parmi les meilleures pépinières bretonnes, beaucoup étaient là. Plusieurs conférences étaient aussi proposées dont celle de Catherine Le Berre sur les plantes d'automne du Japon à laquelle j'ai pu assister, passionnante.  (En 2019 , les Journées des Plantes de Guerlesquin auront lieu les 15 et 16 septembre. A noter sur l'agenda.www.journeesdesplantesdeguerlesquin.fr).

 Le tout jeune ilex September Gem planté dans la haie en mélange d'arbustes 
Revenons-en aux houx. Sur le stand de Joël Le Cam (Pépinières Botaniques Armoricaines. St-Adrien. 22) se trouvaient plusieurs pépites - comme toujours chez lui - dont un houx au feuillage très clair, au port touffu et vigoureux, réputé de pousse rapide et dense : l' ilex September Gem, un hybride i. ciliospinosa x i.aquipernyi de 1957. Tolérant à la chaleur et au soleil, il fructifie très tôt en septembre (d'où son nom) de baies d'un rouge profond qu'il gardera longtemps, en principe... Il occupera dans la haie avec le temps un volume de 2x2m. Le vert tendre de son feuillage apportera de la lumière en contraste avec les arbousiers, chênes verts, ilex aquifolium plus sombres. D'un vert jaune et non bleuté ce houx est encore éclairci par des tiges aux mêmes tonalités.


vendredi 1 février 2019

Houx! houx! houx! quelle bonne idée

Merci à Berthille pour cette très bonne idée d'un article sur les houx (article du 16 janvier 2019). Ici aussi l'ilex aquifolium prospère spontanément dans les sous-bois de chênes et c'est ce qui m'a guidé. 
L'ilex aquifolium fréquent en sous-bois, multiplié par les oiseaux (très amateurs de ses baies) qui en dispersent les graines. Le feuillage est plus mat que d'autres cultivars
 On dit le houx de pousse lente et j'ai malgré tout voulu en faire le test en l'utilisant comme un des persistants dans l'écran de bord de route.  Une haie défensive à recréer, plus  "naturelle",  faite d'un mélange d'espèces spontanées caduques et persistantes (fusains d'Europe, aubépines, rosiers sauvages, chênes verts, arbousiers...), les arbustes décidément trop voyants dans ce site (céanothe, forsythia...) ayant été supprimés à mon arrivée.
J'ai laissé pousser des semis d'ilex aquifolium déjà en place. D'autres trouvés dans le jardin ont été replantés...avec un succès aléatoire. Certains ont séché très rapidement (malgré une attention régulière pour l'arrosage) ou au cours de l'été suivant. Leur unique racine en pivot ne facilite sans doute pas les choses. 

D'autres très jeunes plants ont grillé leurs parties aériennes... et sont repartis ensuite avec une bonne vigueur.  Et "une fois partis, ils sont partis". Les premiers semis naturels préservés en 2012 atteignent 1,70m sur 1,50m de large (....après 6 ans certes). Je les épointe seulement pour les maintenir en forme et leur éviter un port parfois dégingandé.  (Un ami architecte paysagiste m'a pourtant affirmé qu'ils détestaient être taillés. Qu'en penser?).
Je n'en suis pas restée là...Pour varier, avec discrétion, l'attrait  de cette espèce, j'ai introduit plusieurs variétés. Et d'abord le houx J.C Van Tol (du nom de son obtenteur hollandais) vanté et repéré il y a fort longtemps dans les magazines de jardinage. Autofertile, le houx J.C Van Tol est quasi sans épine, d'un joli port élancé et pyramidal, le feuillage sombre brillant. Les fruits nombreux (quand l'arbuste devient adulte) sont bien visibles de même que ses petites fleurs blanches au printemps, les tiges violacées. Par contre il n'est pas très fourni et je l'épointe systématiquement chaque année pour l'encourager.
Aucun risque de se blesser avec l'ilex Johny Van Tol
A l'inverse l'ilex aquifolium Alaska est particulièrement agressif. En tant que cultivar femelle, la fructification est garantie. Encore un qui repart vigoureusement du pied après un accident de culture.  D'origine horticole il a été obtenu dans les années 1960 en Allemagne (obtenteur :Mr Nissen. ville de Wuppertal)
Très branchu, le houx Alaska peut être utilisé en brise-vent. Lui se prête très bien, parait-il, à la taille.

Enfin l'été dernier sur une fête des plantes, Joël Le Cam (Pépinières Botaniques Armoricaines) avait apporté un spécimen étonnant... auquel je n'ai pas résisté. J'y reviendrai dans mon prochain article.

mercredi 30 janvier 2019

Tout vient à point...qui sait attendre ?

A mon tour d'adresser mes voeux (tardifs mais sincères) à tous les jardiniers et jardinières. D'intenses tâches professionnelles m'ayant tenu à l'écart du jardin pendant plus de deux mois, j'ai tenté de calmer mes frustrations de jardinage et d'écriture en me concentrant sur la lecture des blogs amis. Comme le remarque Rouge Cabane (article du 16 janvier 2019), j'ai constaté cette année un "retard" des floraisons au jardin.  Pourtant la météo est ici en Bretagne sud plus clémente. J'ai partagé la semaine dernière les mêmes inquiétudes concernant la floraison des hellébores, espérant que ce retard n'était pas (pour les plus anciennes d'entre elles amenées de mon ancien jardin) le signe d'une dégénérescence...
L'hellébore orientale noire est cette année (?) une des premières à fleurir, en même temps que l'hybride précoce Martine Lemonnier
 C'est qu'en ces temps hivernaux l'impatience prend le coeur et l'âme de la jardinière. Certes les jours rallongent ostensiblement et la lumière est plus forte. Et les premiers chants des oiseaux sont bien présents.
L'hamamélis (x) intermedia Jelena s'avère chaque année l'hamamélis le plus précoce, suivi de près par l'h. mollis Pallida puis par l'h. (x) intermedia Diane. La lumière encore rasante irradie ses teintes orangées 

Alors tentons tout de même un palmarès des "imperturbables", ceux qui "contre vents et marées" sont fidèles au rendez-vous dès la mi-janvier. Les champions sont incontestablement (chacun dans sa catégorie) les hamamélis, le lonicera fragrantissima, le cyclamen coum...
Bien au sec en pied de talus sur une légère pente, les cyclamens coum se plaisent et s'étoffent. Mais leurs graines que je laisse "rouler" naturellement ne germent pas (pour le moment du moins). Qui sait?
A l'inverse de ce camellia blanc inconnu qui, après cinq ans de "rétablissement" (cf. article du 12 janvier 2018), s'élance maintenant à plus de 2m de haut et perce vigoureusement sur le vieux bois. Il fleurit selon les années pour Noël ou plus tard à partir de la mi-janvier, ce qui fut le cas cette année comme en 2018.

mercredi 31 octobre 2018

L'automne dans les jardins pragois

Les jardins et les parcs de la ville de Prague sont des havres de calme à l'écart des lieux arpentés par des groupes touristiques internationaux.  Les pragois aiment leurs jardins et les parcs, nombreux rive gauche de la Vltava dans le quartier de Malà Strana mais aussi à la périphérie de la capitale. En cette saison les feuillages d'automne mordorés s'accordent aux ocres jaunes des façades et aux orangés des toits en tuiles. Le noir des troncs apporte un caractère très graphique et souligne la silhouette des grands feuillus.
 Le parc de Kampa au bord de la Vltava
 
C'est aussi le moment où l'on remarque combien ces jardins et parcs sont entretenus. Les charmilles, les topiaires, les broderies des jardins baroques sont impeccablement taillées.
Le jardin baroque Wallenstein du 17è siècle, aujourd'hui jardin du Sénat tchèque.

Ce jardin est le seul visité par les touristes en groupes. Traverser le jardin Wallenstein le matin tôt permet d'en apprécier tout le charme. 

 La conduite des grimpants est très réfléchie, parfois avec un brin de fantaisie (comme celle de laisser au lierre la liberté de se glisser sur les branches basses d'un alignement de magnolias de printemps, jusqu'à 0,60cm de haut...pas plus). A l'inverse des rhododendrons peuvent être tenus relativement bas en topiaires.
L'entrée du jardin Ledeburskà (Ledebour garden), un des jardins qui s'étagent en terrasses bien exposées au sud sous le château de Prague 
 Les fleurs des platebandes ne sont plus que souvenirs mais le dessin de ces jardins à cette saison n'en est que plus présent.  Des jardiniers s'affairent, ici pour reconstruire le bassin au coeur d'un jardin historique, là pour trier et replanter des bulbes de printemps.

La partie privée des jardins de l'ancien palais Fürstenberg, aujourd'hui une ambassade, se laisse voir aux passants à travers les grilles
Ces jours-ci j'ai découvert un autre de ces jardins situés sous le château de Prague, les jardins en terrasses du palais Fürstenberg (Fürstenberské zahrady). Ces jardins ont été restaurés avec l'apport de fonds de l'Union Européenne comme le rappelle un panneau à l'entrée.
D'étroites et hautes terrasses structurent le jardin étagé sur une forte pente. Pieds de vigne, arbres fruitiers, rosiers et vivaces occupent en lignes chaque parcelle de terre. D'autres cultures sont palissées sur les murs de soutènement. Et deux petites serres ont été construites à mi-pente. Un jardin très géométrique. 
Un alignement de prunus superbe par ses couleurs d'automne souligne le dessin des terrasses
 Les dernières roses du jardin, en bordure de l'allée principale bordant les terrasses
De grandes bassines recueillent l'eau de pluie sur les terrasses supérieures afin d'arroser plus aisément les cultures
 Le haut du jardin multiplie les vues sur l'ancien palais et son jardin privé

 
 Le jardin Fürstenberg est aussi le chemin idéal pour monter directement à l'entrée Est du château, évitant ainsi les hordes de touristes qui envahissent les rues principales de Malà Strana, la place de Hradcany et l'entrée principale.  
  
J'aime revenir dans ces parcs et jardins à chacun de mes séjours, les découvrir différents avec les saisons, en dénicher d'autres qui ne figurent pas dans les guides. Beaucoup seront fermés pour l'hiver jusqu'au printemps et il était temps en ces derniers jours d'octobre d'y retourner.  
Le jardin Vrtbov,en septembre 2016. Un autre jardin baroque d'un ancien palais du 18ème siècle. Il s'étage sur le versant opposé de Malà Strana, en bas de la colline de Petrin.
On accède à l'entrée du jardin très discrètement, par un porche et au fond d'une ruelle donnant sur la rue Karmelitskà

lundi 22 octobre 2018

Autres lieux, autres jardins

Autres lieux, autre univers... Sur les hauteurs de la station balnéaire d'Arcachon la Ville d'Hiver a conservé un ensemble exceptionnel de villas et jardins de la 2ème moitié du 19ème siècle...Sur des dizaines d'hectares, se succèdent des maisons de villégiature de toutes tailles, depuis l'imposant et ostentatoire "château" au modeste "chalet" désuet au charme fou. Une architecture "pittoresque" et débridée qui associe plusieurs styles, néo-classique, néo-gothique, mauresque, colonial...

Station de cure renommée dès les années 1820 pour les bains de mer, les banquiers Péreire et leur Compagnie des Chemins de Fer du Midi aménagent quarante ans plus tard un très vaste lotissement sur les hauts de la dune plantée de pins. Sur certaines parcelles en contrebas ils construisent de petits "chalets"destinés aux curistes, mis en vente ou en location. 

La Ville d'Hiver d'Arcachon connut rapidement un grand succès. De riches négociants bordelais, des industriels fortunés, commerçants, fils de familles britanniques acquièrent des lots et se font construire de vastes demeures montrant leur bonne fortune.

J'ai arpenté la Ville d'Hiver plusieurs heures le week-end dernier, grimpant et descendant les allées en courbe et les rues dessinées soigneusement (pour éviter les courants d'air) lors de la création de ce quartier  très "fashionable". 
 Le développement des jardins aménagés dès l'origine a transformé au fil des décennies l'ambiance de la Ville d'Hiver.  Certaines villas se devinent seulement à travers leurs jardins. 
Des "vues sur mer" se sont fermées, les grands arbres exotiques plantés ont modifié l'échelle du site, des arbustes se sont multipliés et ont pris leurs aises. Rhododendrons, pittosporums, arbousiers, lauriers rose sont partout. Et le fleurissement du Parc Mauresque, dans "le style Napoléon III" avec nombre d'espèces exotiques, est ici bien à sa place. 
Malgré tout des arbres subissent de plein fouet les fortes tempêtes. D'autres résistent. J'ai remarqué la haute silhouette de splendides pins parasols et la ramure extraordinaire de chênes liège. 

La plupart des jardins, soigneusement entretenus ou non, sont empreints d'une certaine nostalgie, tout comme ces architectures. L'étonnant est qu'elles et eux aient résisté aux générations suivantes (de spéculateurs), contrairement à bien d'autres stations balnéaires françaises, et que cet ensemble, extraordinaire par son nombre et sa diversité, perdure. Le découvrir en se perdant dans le dédale des rues, allées et impasses est un enchantement.  

mercredi 10 octobre 2018

La pluie, pour le pire et pour le meilleur

Enfin! la pluie...attendue ici, catastrophique et monstrueuse sous d'autres cieux. En des temps si bouleversés il y a une certaine indécence à la réclamer et vanter ses bienfaits au jardin. En peu de jours on peut mesurer le degré de résilience des plantes après cette longue, très longue période de sécheresse. Celles qui en auront réchappé, même affaiblies, les imperturbables qui n'ont pas bronché (cf.article précédent) et celles au sort incertain. J'attendrai jusqu'au printemps prochain le verdict final dans l'espoir que quelques-unes (des vivaces notamment) se soient mises prématurément en dormance...
 Même les jeunes arbres plantés depuis cinq ans ont dû être arrosés chaque semaine pendant l'été, le terrain étant en pente, le sol léger et très drainant
Après une longue léthargie, le jardin étant entré "en résistance" tout l'été, le cycle s'accélère. La pluie, l'alternance de fraîcheur et chaleur entre la nuit et le jour, et surtout les jours plus courts ont déclenché quasi du jour au lendemain le virage aux couleurs d'automne des arbres et arbustes : liquidambar styraciflua, cornouiller officinal, cornus controversa Pagode.
Les feuilles du cornus controversa tournent progressivement au rose
Les fothergilla major aussi prennent des couleurs. Mais étrangement ces arbustes ont des tonalités différentes selon les pieds (variant avec leur provenance?). Des fothergilla major achetés en pépinière tournent au jaune beurre... formant un joli contraste avec les bruyères d'hiver blanches déjà en boutons.
 
Un autre groupe plus âgé de fothergilla major  (des marcottes apportées de l'ancien jardin) prennent des teintes en dégradé écarlate, orangé et grenat.
Les couleurs d'automne sont fugaces chez certains végétaux. Ainsi les amélanchiers, merisiers, hamamélis, stewartia perdent ensuite rapidement leurs feuilles, et pas seulement à cause du vent. Les couleurs sont précoces et de longue durée chez d'autres (stachyurus praecox, cornus officinalis) ou tardives comme chez les azalées mollis, les hêtres, encore verts. 
Le cornouiller officinal commence à peine à se colorer en de subtils dégradés
 Au début de l'automne on remarque aussi combien de jeunes arbres ou arbustes ont grandi, forci en hauteur et en volume. Certains introduits il y a 3-4 ans prennent leurs couleurs pour la première fois : le liquidambar (sur un feuillage  abondant et des feuilles plus grandes), les fusains planipes (euonymus planipes) qui portent aussi leurs premiers fruits. Dans la haie du bord de route les fruits des fusains d'Europe (des semis spontanés replantés il y a 4 ans) sont bien plus abondants que les années précédentes.
Tout cela a de quoi mettre du baume au coeur de la jardinière qui fut très inquiète "pour ses petits" pendant l'été...

lundi 10 septembre 2018

Le jardin sous perfusion, et après?

Fin de cette longue pause estivale de l'écriture. Vivre dans une belle région côtière incite amis et enfants à venir pendant l'été (à ma plus grande joie!) me tenant à l'écart de l'ordinateur. Il est plus que temps de partager l'expérience de cet été si éprouvant pour les jardins. On ne sait si" l'hiver sera rude" (selon la blague québécoise...) mais l'été 2018 l'a été et même "très, très rude". Canicule ou fortes sécheresses à répétition...jusqu'à aujourd'hui, orages et trombes d'eau soudaine pour certains, peu de jardins ont été épargnés.
 Ici malgré les températures relativement clémentes (c'est à dire moins élevées qu'ailleurs en France), l'absence de pluies pendant des semaines et des semaines (15mm, 5mm seulement... depuis près de 3 mois) est redoutable.
Un arrosage le matin tôt avec l'eau du puits, tous les deux jours pour les secteurs les plus sensibles, maintient sous perfusion les "musts" du jardin : hydrangeas, jeunes rhododendrons, azalées caduques, vivaces... Certains végétaux se défendent comme ils peuvent, recroquevillant leurs feuillages ou laissant se dessécher quelques branches hautes au profit des plus basses.
Etonnament le photinia davidiana Palette, imperturbable, a lancé cette année de longues nouvelles tiges de 40cm, contredisant sa réputation d'un arbuste à croissance très lente 
Plusieurs arbres et arbustes m'ont pourtant surpris, semblant insensibles au déficit d'hygrométrie, continuant leur croissance sans donner aucun signe de faiblesse.  Il faut les citer car peut-être sont-ils porteurs d'avenir (en terrain acide) : les  hamamélis (qui forment maintenant leurs boutons à fleurs), les fothergilla major, le liquidambar styraciflua Andrew Henson (aussi de la famille des hamamélis), le styrax japonica, l'acer griseum, et non surprenant,  les arbustes "méditerranéens" comme les arbousiers (arbutus unedo) et les chênes verts, spontanés ici sur le littoral sud Bretagne. Parmi toutes les fougères les polystichum munitum n'ont jamais été à la peine. 
Triste palmarès quand même qui n'augure rien de bon. Le futur des jardins sera sans nul doute le sujet de discussions et d'échanges lors des fêtes des plantes de l'automne. 

jeudi 19 juillet 2018

Amour ou haine ? Les montbrétias

Certains les adorent pour la facilité de culture, l'absence d'entretien, l'abondance et la gaieté des fleurs, la durée de floraison l'été (du début juillet à septembre). Le climat breton semble convenir à ces bulbes originaires d'Afrique du Sud qui apprécient les sols légers et frais au soleil, résistant quand même au froid (jusqu'à -12°). 
D'autres s'en méfient comme de la peste...leur vigueur à se propager dans les massifs étant réputée difficile à contrôler.
Ils sont arrivés ici du Vasterival subrepticement au pied d'un hydrangea angustipetala macrosepala (en même temps que l'anemone nemerosa à minuscules fleurs vertes. cf article du 3 mai 2018). J'ai hésité à conserver les bulbes ou plutôt des cormes (ayant l'aspect de bulbes mais formés " d'une tige renflée entourée d'écailles" cf.Wikipédia) lorsque sont sorties de terre les jeunes feuilles bien reconnaissables.

Montbrétias ou crocosmias ? Il semble que le terme montbrétia s'applique aux "vieux" cultivars (crocosmia x crocosmiflora) alors que les "modernes" sont d'autres hybrides (crocosmia x masonorum). Dont acte. Leurs caractéristiques diffèrent : un feuillage souple, des petites fleurs abondantes et une floraison même à mi-ombre, un caractère assez envahissant (crocosmia x crocosmiflora) ; un feuillage raide et plissé, de plus grandes fleurs en épis (crocosmia x masonorum), à l'exemple du célèbre Lucifer rouge vif. 

Les montbrétias seraient plus rustiques que les autres crocosmias. Découverts il y a une centaine d'années, issus d'un croisement  (c.aurea et c.potsii), les montbrétias ont d'abord été identifiés sur des talus, dans des haies, sur des terrains en friche des côtes atlantiques africaines.  Beaucoup ont été produits et nommés depuis. 
Les montbrétias au Vasterival (extrait op. cité ci-adessous)
 Pour en savoir un peu plus sur les intrus j'ai repris le premier ouvrage publié en 1995 par la princesse Sturza sur le Vastérival. Les montbrétias y figurent en effet, photographiés dans un massif orangé estival composé de rosiers (Buff Beauty, Mrs Oakley Fisher, Whisky Mac, Abraham Darby) avec une graminée, le carex buchananii, des dahlias à fleur de cactus ton sur ton et des pavots orange.  Ailleurs dans son jardin une clématite Niobe rampe au pied d'un pommier parmi le feuillage de montbrétias.

La princesse précise que tous les bulbes restent en terre protégés l'hiver par son fameux "mulch". Tous les deux ou trois ans au printemps, ils sont sortis, divisés et replantés dans une terre enrichie de fumier et de compost (Le Vastérival. Jardin d'une passion. Princesse Greta Sturdza. La Maison Rustique. 1995).

Toujours au Vastérival dix ans plus tard, si les montbretias ont été remplacés dans certains massifs pour changer leur tonalité (du rouge orange au rouge bleu violacé...), on remarque des montbrétias dans plusieurs lieux du jardin. Ils sont ainsi en fleurs à l'ombre du pied d'un prunus, en harmonie avec le brun clair et brillant de l'écorce. Des montbrétias au pied d'autres rosiers, des montbrétias encore pour leur jeune feuillage vert tendre devant une azalée blanche Palestrina près de sceaux de Salomon. Et une touffe de montbrétias au milieu d'une multitude de fougères et de graminées dans un creux très frais l'été. (Un jardin pour les quatre saisons. Princesse G.Sturdza. Ulmer. 2005).   
Ici pas question de replanter les montbrétias dans la bordure de vivaces en mélange : avec le temps je crains qu'ils étouffent leurs délicates voisines. A toute fin je les ai cantonnés dans un triangle entre trois arbustes. 
Ces arbustes en mai dernier à l'ombre le matin : (sur la gauche) boutons à fleurs du rhododendron Fabia et devant jeunes pousses du pieris "ton sur ton" 
Deux de ces arbustes ont aussi à d'autres saisons des tonalités orangées : le pieris japonica Forest Flame (les jeunes pousses), le rhododendron Fabia (les fleurs en trompette), le troisième arbuste étant le chèvrefeuille d'hiver (lonicera fragrantissima). Le feuillage des montbrétias, abondant et élancé, haut d'une soixantaine de cm,  apportera un contraste aux feuilles des arbustes hors période de floraison.

Visuellement les montbrétias seront proches d'un autre massif aux mêmes teintes chaudes (des euphorbes griffithi Great Dixter, Fire Glow, une fougère - dryopteris  erythrosora -, le revers des feuilles d'un  rhododendron). Plus tard les couleurs automnales du feuillage des montbrétias seront à l'unisson.
A proximité le tout jeune rhododendron Sir Charles Lemon commence à montrer après 4 ans de plantation le revers magnifique de ses feuilles 
 Les euphorbes griffithii Fire Glow très lumineuses au printemps ont pâli en fin de floraison
Entre les trois arbustes les bulbes pourront se développer  librement, occuper tout l'espace (concurrençant les "mauvaises herbes": glechome, lierre rampant, semis de violettes) et sans laisser grainer les fleurs seront faciles à circonscrire. En d'autres termes je les garde à l'oeil.