mercredi 10 octobre 2018

La pluie, pour le pire et pour le meilleur

Enfin! la pluie...attendue ici, catastrophique et monstrueuse sous d'autres cieux. En des temps si bouleversés il y a une certaine indécence à la réclamer et vanter ses bienfaits au jardin. En peu de jours on peut mesurer le degré de résilience des plantes après cette longue, très longue période de sécheresse. Celles qui en auront réchappé, même affaiblies, les imperturbables qui n'ont pas bronché (cf.article précédent) et celles au sort incertain. J'attendrai jusqu'au printemps prochain le verdict final dans l'espoir que quelques-unes (des vivaces notamment) se soient mises prématurément en dormance...
 Même les jeunes arbres plantés depuis cinq ans ont dû être arrosés chaque semaine pendant l'été, le terrain étant en pente, le sol léger et très drainant
Après une longue léthargie, le jardin étant entré "en résistance" tout l'été, le cycle s'accélère. La pluie, l'alternance de fraîcheur et chaleur entre la nuit et le jour, et surtout les jours plus courts ont déclenché quasi du jour au lendemain le virage aux couleurs d'automne des arbres et arbustes : liquidambar styraciflua, cornouiller officinal, cornus controversa Pagode.
Les feuilles du cornus controversa tournent progressivement au rose
Les fothergilla major aussi prennent des couleurs. Mais étrangement ces arbustes ont des tonalités différentes selon les pieds (variant avec leur provenance?). Des fothergilla major achetés en pépinière tournent au jaune beurre... formant un joli contraste avec les bruyères d'hiver blanches déjà en boutons.
 
Un autre groupe plus âgé de fothergilla major  (des marcottes apportées de l'ancien jardin) prennent des teintes en dégradé écarlate, orangé et grenat.
Les couleurs d'automne sont fugaces chez certains végétaux. Ainsi les amélanchiers, merisiers, hamamélis, stewartia perdent ensuite rapidement leurs feuilles, et pas seulement à cause du vent. Les couleurs sont précoces et de longue durée chez d'autres (stachyurus praecox, cornus officinalis) ou tardives comme chez les azalées mollis, les hêtres, encore verts. 
Le cornouiller officinal commence à peine à se colorer en de subtils dégradés
 Au début de l'automne on remarque aussi combien de jeunes arbres ou arbustes ont grandi, forci en hauteur et en volume. Certains introduits il y a 3-4 ans prennent leurs couleurs pour la première fois : le liquidambar (sur un feuillage  abondant et des feuilles plus grandes), les fusains planipes (euonymus planipes) qui portent aussi leurs premiers fruits. Dans la haie du bord de route les fruits des fusains d'Europe (des semis spontanés replantés il y a 4 ans) sont bien plus abondants que les années précédentes.
Tout cela a de quoi mettre du baume au coeur de la jardinière qui fut très inquiète "pour ses petits" pendant l'été...

lundi 10 septembre 2018

Le jardin sous perfusion, et après?

Fin de cette longue pause estivale de l'écriture. Vivre dans une belle région côtière incite amis et enfants à venir pendant l'été (à ma plus grande joie!) me tenant à l'écart de l'ordinateur. Il est plus que temps de partager l'expérience de cet été si éprouvant pour les jardins. On ne sait si" l'hiver sera rude" (selon la blague québécoise...) mais l'été 2018 l'a été et même "très, très rude". Canicule ou fortes sécheresses à répétition...jusqu'à aujourd'hui, orages et trombes d'eau soudaine pour certains, peu de jardins ont été épargnés.
 Ici malgré les températures relativement clémentes (c'est à dire moins élevées qu'ailleurs en France), l'absence de pluies pendant des semaines et des semaines (15mm, 5mm seulement... depuis près de 3 mois) est redoutable.
Un arrosage le matin tôt avec l'eau du puits, tous les deux jours pour les secteurs les plus sensibles, maintient sous perfusion les "musts" du jardin : hydrangeas, jeunes rhododendrons, azalées caduques, vivaces... Certains végétaux se défendent comme ils peuvent, recroquevillant leurs feuillages ou laissant se dessécher quelques branches hautes au profit des plus basses.
Etonnament le photinia davidiana Palette, imperturbable, a lancé cette année de longues nouvelles tiges de 40cm, contredisant sa réputation d'un arbuste à croissance très lente 
Plusieurs arbres et arbustes m'ont pourtant surpris, semblant insensibles au déficit d'hygrométrie, continuant leur croissance sans donner aucun signe de faiblesse.  Il faut les citer car peut-être sont-ils porteurs d'avenir (en terrain acide) : les  hamamélis (qui forment maintenant leurs boutons à fleurs), les fothergilla major, le liquidambar styraciflua Andrew Henson (aussi de la famille des hamamélis), le styrax japonica, l'acer griseum, et non surprenant,  les arbustes "méditerranéens" comme les arbousiers (arbutus unedo) et les chênes verts, spontanés ici sur le littoral sud Bretagne. Parmi toutes les fougères les polystichum munitum n'ont jamais été à la peine. 
Triste palmarès quand même qui n'augure rien de bon. Le futur des jardins sera sans nul doute le sujet de discussions et d'échanges lors des fêtes des plantes de l'automne. 

jeudi 19 juillet 2018

Amour ou haine ? Les montbrétias

Certains les adorent pour la facilité de culture, l'absence d'entretien, l'abondance et la gaieté des fleurs, la durée de floraison l'été (du début juillet à septembre). Le climat breton semble convenir à ces bulbes originaires d'Afrique du Sud qui apprécient les sols légers et frais au soleil, résistant quand même au froid (jusqu'à -12°). 
D'autres s'en méfient comme de la peste...leur vigueur à se propager dans les massifs étant réputée difficile à contrôler.
Ils sont arrivés ici du Vasterival subrepticement au pied d'un hydrangea angustipetala macrosepala (en même temps que l'anemone nemerosa à minuscules fleurs vertes. cf article du 3 mai 2018). J'ai hésité à conserver les bulbes ou plutôt des cormes (ayant l'aspect de bulbes mais formés " d'une tige renflée entourée d'écailles" cf.Wikipédia) lorsque sont sorties de terre les jeunes feuilles bien reconnaissables.

Montbrétias ou crocosmias ? Il semble que le terme montbrétia s'applique aux "vieux" cultivars (crocosmia x crocosmiflora) alors que les "modernes" sont d'autres hybrides (crocosmia x masonorum). Dont acte. Leurs caractéristiques diffèrent : un feuillage souple, des petites fleurs abondantes et une floraison même à mi-ombre, un caractère assez envahissant (crocosmia x crocosmiflora) ; un feuillage raide et plissé, de plus grandes fleurs en épis (crocosmia x masonorum), à l'exemple du célèbre Lucifer rouge vif. 

Les montbrétias seraient plus rustiques que les autres crocosmias. Découverts il y a une centaine d'années, issus d'un croisement  (c.aurea et c.potsii), les montbrétias ont d'abord été identifiés sur des talus, dans des haies, sur des terrains en friche des côtes atlantiques africaines.  Beaucoup ont été produits et nommés depuis. 
Les montbrétias au Vasterival (extrait op. cité ci-adessous)
 Pour en savoir un peu plus sur les intrus j'ai repris le premier ouvrage publié en 1995 par la princesse Sturza sur le Vastérival. Les montbrétias y figurent en effet, photographiés dans un massif orangé estival composé de rosiers (Buff Beauty, Mrs Oakley Fisher, Whisky Mac, Abraham Darby) avec une graminée, le carex buchananii, des dahlias à fleur de cactus ton sur ton et des pavots orange.  Ailleurs dans son jardin une clématite Niobe rampe au pied d'un pommier parmi le feuillage de montbrétias.

La princesse précise que tous les bulbes restent en terre protégés l'hiver par son fameux "mulch". Tous les deux ou trois ans au printemps, ils sont sortis, divisés et replantés dans une terre enrichie de fumier et de compost (Le Vastérival. Jardin d'une passion. Princesse Greta Sturdza. La Maison Rustique. 1995).

Toujours au Vastérival dix ans plus tard, si les montbretias ont été remplacés dans certains massifs pour changer leur tonalité (du rouge orange au rouge bleu violacé...), on remarque des montbrétias dans plusieurs lieux du jardin. Ils sont ainsi en fleurs à l'ombre du pied d'un prunus, en harmonie avec le brun clair et brillant de l'écorce. Des montbrétias au pied d'autres rosiers, des montbrétias encore pour leur jeune feuillage vert tendre devant une azalée blanche Palestrina près de sceaux de Salomon. Et une touffe de montbrétias au milieu d'une multitude de fougères et de graminées dans un creux très frais l'été. (Un jardin pour les quatre saisons. Princesse G.Sturdza. Ulmer. 2005).   
Ici pas question de replanter les montbrétias dans la bordure de vivaces en mélange : avec le temps je crains qu'ils étouffent leurs délicates voisines. A toute fin je les ai cantonnés dans un triangle entre trois arbustes. 
Ces arbustes en mai dernier à l'ombre le matin : (sur la gauche) boutons à fleurs du rhododendron Fabia et devant jeunes pousses du pieris "ton sur ton" 
Deux de ces arbustes ont aussi à d'autres saisons des tonalités orangées : le pieris japonica Forest Flame (les jeunes pousses), le rhododendron Fabia (les fleurs en trompette), le troisième arbuste étant le chèvrefeuille d'hiver (lonicera fragrantissima). Le feuillage des montbrétias, abondant et élancé, haut d'une soixantaine de cm,  apportera un contraste aux feuilles des arbustes hors période de floraison.

Visuellement les montbrétias seront proches d'un autre massif aux mêmes teintes chaudes (des euphorbes griffithi Great Dixter, Fire Glow, une fougère - dryopteris  erythrosora -, le revers des feuilles d'un  rhododendron). Plus tard les couleurs automnales du feuillage des montbrétias seront à l'unisson.
A proximité le tout jeune rhododendron Sir Charles Lemon commence à montrer après 4 ans de plantation le revers magnifique de ses feuilles 
 Les euphorbes griffithii Fire Glow très lumineuses au printemps ont pâli en fin de floraison
Entre les trois arbustes les bulbes pourront se développer  librement, occuper tout l'espace (concurrençant les "mauvaises herbes": glechome, lierre rampant, semis de violettes) et sans laisser grainer les fleurs seront faciles à circonscrire. En d'autres termes je les garde à l'oeil.

jeudi 12 juillet 2018

Corydalis ophiocarpa , un nom compliqué pour une plante simple et facile

Recommandée par un bon "pro" comme facile, pas très durable mais se ressemant facilement le corydalis ophiocarpa a été l'une des premières vivaces plantées dans le nouveau jardin, en pied de talus à la mi-ombre lumineuse.
Le feuillage joue entre le gris bleuté et le gris vert et devient mordoré l'hiver. (Souvent présenté comme persistant, il n'y est quand même pas au mieux de sa forme).
 Familière depuis longtemps et avec bonheur d'un autre corydale au comportement similaire (le corydalis cheilanthifolia au très fin feuillage), j'espérais qu'il fasse de même : se ressemer où bon lui semble, près ou loin du pied-mère...le long du talus.
En réalité il s'est contenté les trois premières années de rester sur place, en se ressemant certes mais au plus près. Des plants relativement modestes s'insinuant entre des geraniums pyrenaicum Bill Wallis (lui prolifique!), non loin d'une ajuga reptans purpurea (à surveiller...).

J'ai donc été d'autant plus étonnée de découvrir l'année dernière à vingt mètres de là dans le  bas du jardin, dans la partie la plus fraîche et à l'ombre, un semis plantureux, très fourni au pied d'un arbuste. En 2018 le corydalis ophiocarpa a enfin pris toute liberté et s'est ressemé à de nombreux endroits plus à l'ombre : en haut du talus, entre deux pierres, près d'une souche...
Tous des plants vigoureux,  superbes et bien florifères (une floraison discrète blanc crème). Des associations impromptues avec les fougères, les pulmonaires "Majesté" (qui se ressèment aussi depuis un an...).  Preuve que le corydalis ophiocarpa a trouvé par lui-même ses conditions optimales de culture.  Cool!
Un "petit cousin" : le corydalis lutea à fleurs jaunes, originaire des Alpes, arrivé ici par une erreur d'étiquetage. Au soleil pendant deux heures l'après-midi, il reste petit (15cm). Il serait peut-être plus prospère en rocaille d'ombre.   

jeudi 5 juillet 2018

Avis de recherche...

...lancé pour identifier ces 5 hortensias. Ils ont au moins 25 ans (voire 40...), des résistants restés sans soin pendant une dizaine d'années. Tous dans ce sol acide fleurissent "en bleu". Ayant surtout des affinités avec les hydrangeas serrata, j'avoue que sur les h.macrophylla," je suis collée". L'avis de recherche n'ayant rien donné, il fallait inverser les investigations. Les comparer (dans les catalogues de producteurs et les ouvrages spécialisés) avec les descriptifs et photos d'hortensias "classiques" connus de longue date donne de quoi s'amuser au jeu "et si c'était?"
 
L'inconnu n°1 : Un macrophylla à tête plate, très grand (presque 2,50m de haut sur 1,50m de large), planté au nord-ouest, à l'ombre hormis une heure en fin de journée. La floraison ne dure pas et les fleurs fanées n'ont pas d'intérêt. Et si c'était l'hydrangea macrophylla Teller Blaumeise (créé par Teller en 1979)? 

L'inconnu n°2 : A l'inverse cet hortensia assez grand (+ de 1,50m) est magnifique à l'arrière saison : les fleurs très bleues virent au vert jade et rouge lie de vin.  
Fleurs et feuilles sont dentées, les jeunes tiges noires (intérêt supplémentaire). 
Planté sur la façade nord il ne reçoit jamais le soleil, ce qui lui convient manifestement fort bien. Et si c'était l'hydrangea nigra? Oui mais les sépales des fleurs du "nigra" ne sont pas dentés et les tiges de celui ci-dessus sont noires seulement lorsqu'elles sont jeunes.  Ou alors l'hydrangea macrophylla Europa aux sépales très dentés? ou encore Renate Steiniger dont les feuilles ont de grosses dents irrégulières? (cf. Corinne Mallet. Hortensias et autres hydrangeas. vol.2)


L'inconnu n°3 : Celui-ci au contraire végétait à l'ombre dense d'un chêne et je l'ai trouvé malingre, ne fleurissant même pas.  Déplacé à la lumière du matin, il a pris du volume et fleuri dès l'année suivante. 
Il forme maintenant un arbuste tout rond (1,20m d'envergure et de hauteur) avec une floraison très généreuse. Des chances qu'il s'agisse de l'hydrangea macrophylla Générale Vicomtesse de Vibraye (obtenu par Emile Mouillère en 1909).  
L'inconnu n°4 : Orienté ouest mais à l'ombre portée d'un auvent, cet autre hortensia s'étire en hauteur à 1,50m  et cherche la lumière. Il souffre de l'expansion du premier décrit et je prévois de le déplacer.  
Les longues tiges trop faibles ont plié sous les fortes pluies des derniers jours. Peut-être l'hydrangea macrophylla "Enziandom" (un ancien cultivar créé en 1950 par un célèbre obtenteur allemand August Steiniger), reconnaissable par ses pétales pointus.

L'inconnu n°5 : Enfin cette variété plus basse (1m environ) constituait toute une bordure éclairée au soleil de l'après-midi (ardent en plein été). 
Cet hortensia semble mieux apprécier la mi-ombre claire : les premiers pieds transplantés (et paillés) ont bien forci. Les fleurs s'ouvrent en rose avant de virer rapidement au bleu violine.Il reste beau en fin de floraison. Ne serait-ce pas l'hydrangea macrophylla Bodensee? (un "ancien" qui date des années 1950).

Des doutes subsistent mais je souhaitais tenter de redonner un nom à ces beaux inconnus... Parce qu'ils le valent bien! 


jeudi 28 juin 2018

Ont-ils vraiment soif ces hydrangeas?....

Certes oui par ce soleil ardent, les températures frôlant voire dépassant les 30° et le vent chaud.  Un tour du jardin à la fraîcheur des premières heures du matin s'impose depuis quelques jours.
 La chaleur a écourté la somptueuse floraison bleu profond du précoce hydrangea serrata subsp. yezoensis. En un jour les fleurs stériles ont pâli et se sont piquetées de rose 

Sans compter la grande sensibilité des plus jeunes hydrangéas plantés l'hiver dernier, le plus assoiffé de tous est sans conteste l'hydrangea serrata "Sapphirine" ( ou "Water Sapphire", autre nom prédestiné), encore dénommé Aquarelle.... C'est effectivement un pur joyau, translucide et diaphane, bleu ou rose pâle selon la nature du sol, acquis auprès de Paul Dussine il y a plusieurs années. Très sensible à la sécheresse il "donne l'alerte" pour tous les hydrangeas du jardin. 
Planté en pied de talus dans le sol plus humifère, l'hydrangea serrata "Sapphirine n'a pas bleui

Depuis toujours la délicatesse des hydrangeas à "fleurs plates" a ma préférence qu'ils soient de l'espèce macrophylla (originaires du bord de mer) ou serrata (de la montagne). Principalement les hydrangea serrata : dans mon ancien jardin de ville au sol légèrement argileux ils supportaient bien les sécheresses estivales. Ici en sol plus léger et très drainé, les h.serrata se plaisent vraiment (le sol drainant est leur milieu d'origine) mais il faut être plus vigilant dès le printemps. (Au Japon, juin est la saison des pluies avec une hygrométrie de plus de 90%...).
L'hydrangea Tokyo Delight, un grand hybride (h.serrata x h.macrophylla) commence tout juste à fleurir (d'abord en blanc puis bleu avant de virer au rose rouge pendant l'été). Il résiste relativement mieux que d'autres à la sécheresse
Robert Mallet (de la collection Shamrock. Varengeville-sur-mer.76) souligne les différences de caractéristiques entre les deux espèces- hydrangeas serrata et macrophylla - et distingue clairement ses recommandations quant à la plantation et l'arrosage.
Le "grand" h.serrata Grayswood (+ de 1,50 m x1,50m à maturité) beau toute la saison y compris les fleurs fanées qui peuvent rester longtemps rouge foncé et vert amande
Les h. serrata de taille modeste (0,80m à 1,20m) ont des racines en surface. En principe ils résistent mieux au froid. Ici, après les fortes gelées de l'hiver dernier, des jeunes h.serrata plantés depuis un an à peine ont totalement perdu leurs parties aériennes mais sont repartis vigoureusement du pied au printemps. 

Robert Mallet conseille d'arroser souvent les hydrangea serrata, mais peu, de ne pas attendre (ils ont du mal à récupérer après un manque d'eau), de les pailler abondamment après les pluies de printemps, et de ne planter que des plantes déjà grandes dotées de fortes racines. (Mes quelques échecs pourraient venir de là, succomber à l'envie, mais des plantes trop jeunes et faibles...). 

 Il conseille aussi de ne pas hésiter à tailler les branches les plus hautes, les plus vieilles, qui se dessèchent les premières. Je n'avais pas osé le faire jusqu'ici sur un h.serrata Beni Gaku âgé d'une dizaine d'années, transplanté de mon ancien jardin (les branches âgées et fatiguées étant seulement raccourcies). L'hydrangea peine en effet à "rajeunir" et faire de nouvelles pousses partant du pied. Je le taillerai en suivant son conseil avant le début du printemps prochain.  
L;hydrangea serrata "Shojo", un des plus beaux bleus, presque "flashy" certaines années

Les hydrangeas macrophylla demandent un sol davantage riche et humifère. Généralement plus grands (1,60 à plus de 2m tels h.macrophylla Veitchii, Sea Foam..), leurs racines plus profondes résistent à la chaleur et à un épisode de sécheresse. Robert Mallet conseille, lorsqu'on constate le soir des feuilles affaissées et des fleurs amollies, de ne pas arroser trop vite. Il est important d'encourager les plantes à chercher l'eau en profondeur. 
Il faudra arroser seulement si les feuilles ne se sont  pas relevées le matin, en laissant couler l'eau longtemps du tuyau d'arrosage (à faible débit) : l'eau pénètrera ainsi en profondeur. Il recommande aussi d'arroser de même l'hiver après un long épisode de gel non suivi de bonnes pluies.
 L.hydrangea Odoriko Amacha (serrata?macrophylla?les avis semblent diverger...), un vigoureux buisson d'1,20m bien rond et souple, très florifère  

Comme les hydrangeas serrata, les h.macrophylla seront paillés juste après l'arrosage (en veillant à ce que le collet de la plante reste dégagé).  
Je citerai deux hydrangeas macrophylla, plusieurs de cette espèce figurant aussi parmi mes préférés : l'h.macrophylla "Mariesii Lilacina" un classique créé par le grand horticulteur Victor Lemoine en 1904. Une beauté à admirer de près le mois prochain. Plus tardif il a un port souple, des fleurs fertiles violet au coeur, des fleurs stériles bleu roi et tard dans la saison un revers rouge sang (l'h. serrata Grayswood aussi, en sol neutre en tout cas car ici en terrain nettement plus acide le Grayswood ne prend pas hélas cette coloration. cf articles des 2 juillet - 21 novembre 2007, 6 août 2008).
 
Autre "coup de coeur", l'hydrangea macrophylla "Zorro" , un grand "nouveau" à fleurs bleu profond et aux spectaculaires tiges noires, vu pour la première fois dans la collection Shamrock. 
 Le tout jeune h.macrophylla Zorro planté cet hiver à l'extrémité d'un massif recomposé avec d'anciens h.macrophylla du jardin (d'une variété non encore identifiée...).

A condition d'être très attentif aux conditions d'exposition que requiert chaque plante (outre l'arrosage), - ombre totale, ombre lumineuse, mi-ombre (soleil tôt le matin seulement), "soleil" (cela dépend de la vigueur de l'ensoleillement...) - , il y a peu de déceptions ou d'échecs. Avec les hydrangeas on a l'embarras du choix.

dimanche 24 juin 2018

Les Mérites du saxifrage "Cuscutiformis"

Parmi les saxifrages stolonifera (cf.article du 18 mars 2018) il en est un au fort caractère, le saxifrage "Cuscutiformis". Je l'ai d'abord testé en plantant un seul godet entre des pierres éboulées, sur la pente du talus bocager orienté au nord, à l'ombre d'un sureau, rappelant ainsi ses conditions de vie dans la nature - en sous-bois, dans les anfractuosités des rochers...-. (Ce qui vaut d'ailleurs aux saxifrages les surnoms de "casse-pierre" ou "perce-pierre", traduction quasi littérale de leur nom en latin). 
 
 Le saxifrage "Cuscutiformis" a sans doute "tâté le terrain" la première année (sol acide, très drainé sur cette pente), sans vraiment s'étoffer ni fleurir. Mais depuis...il a dépassé mes espérances. Effectivement il s'est étalé vers le haut et vers le bas, lançant ses très fins stolons rouge sang dans toutes les directions puis formant des rosettes serrées les unes contre les autres.
Mai 2018:Sur une pente encore dénudée le saxifrage "Cuscutiformis"  prend ses marques
 Juin 2018: le saxifrage s'étale et fleurit. Il va encore progresser tout l'été.
Le feuillage est puissant par ses couleurs: un rouge brun veiné de nervures vertes et un revers rose tyrien.
Le format des rosettes varie suivant le degré de fraîcheur mais à l'expérience c'est un robuste qui résiste au froid et à la sécheresse estivale. Donné comme persistant il n'est quand même pas au mieux de sa forme en plein hiver. Dès le premier radoucissement il reprend sa croissance. Je peux même dire qu'il a dévalé le talus, entrant en concurrence avec le dicentra Stuart Boothman.

Il faudra intervenir en septembre prochain afin de le circonscrire. Tant mieux! Rien de plus facile de prélever les plantules et de les placer ailleurs sur le même talus, en lieu et place du lierre...
 
 Le plant initial s'est développé sur plus d'1m2
 L'associer requiert réflexion...  Dans mon "jardin sauvage" le saxifrage Cuscutiformis se glisse entre des fougères persistantes, des touffes de luzule sylvatica, des heuchères pourpres (dont l'heuchère Beauty Colour, très présente aussi mais étonnement les deux s'accordent), des gillenia trifoliata (blanc) et "Pink Profusion" (qui fleurissent plus tôt).

 Les fleurs du saxifrage stolonifera "Cuscutiformis"... Aussi ravissantes que celles des saxifrage fortunei et à profusion, un brouillard vaporeux planant à une trentaine de cm.
 Y a t-il besoin de le préciser? Pour toutes ses qualités le saxifrage stolonifera "Cuscutiformis" a été doté du fameux Award of Garden Merit de la RHS. 
   

mercredi 20 juin 2018

Descendu de la montagne nippone le Kiyosumi-sawa

Vient le temps béni des hydrangeas. Le premier à fleurir, depuis deux semaines déjà, est un hydrangea à nul autre pareil : le h.serrata Kiyosumi-Sawa
     
Pour plusieurs raisons : ses tiges souples se courbent vers la lumière et son port ouvert et aéré se développe avec le temps en restant très léger. Les feuilles dès leur apparition au printemps ont cette teinte acajou inimitable sur un feuillage gaufré et nervuré. Passant au vert pendant l'été, il tournera au roux à l'automne.
 
 Les fleurs ont la grâce de la porcelaine et même s'il ne fleurit pas très longtemps, le h.serrata Kiyosumi-Sawa m'enchante. Les fleurs fanées virent en un rose suranné. Elles dureront jusqu'au froid.

 Cet hydrangea de montagne a été découvert vers 1950 sur le Mont Kiyosumi à l'ouest de Tokyo.
 Au jardin cet hydrangea prend une place "à part" dans la bordure du talus. Situé à côté d'un de leurs passages il n'a pas été épargné en fin d'hiver par les chevreuils qui ont croqué une belle repousse.... 
 Au pied de l'hydrangea serrata Kiyosumi-Sawa, une heuchère presque noire Heuchera Losquet n°9 (non visible sur la photo) créée par Stéphane Bellec, un couvre-sol en cours de développement (l'épimédium brevicornum rotundatum), deux saxifrages : le saxifrage fortunei incisolobata Setomidori, un peu plus loin le saxifrage cuscutiformis qui part à l'assaut du talus (objet d'un prochain article...).  

vendredi 15 juin 2018

Colette Sainte Beuve en son jardin

Combien sommes-nous, jardinières et jardiniers, à devoir notre goût et notre curiosité pour les plantes vivaces à Colette Sainte-Beuve qui nous les fit découvrir il y a un certain temps...J'en suis, lorsque au début des années 80 entre la Normandie et la Bretagne je fis un détour par sa pépinière Plantbessin à côté de Bayeux (14). Je repartis avec deux cageots pleins de géraniums vivaces ("faciles" pour une débutante...) et autres belles inconnues qu'elle avait ramenées d'Angleterre puis multipliées. On la revoyait ensuite sur les fêtes des plantes, sa renommée ne faisant que grandir, toujours en femme discrète et réservée.  
 La création des jardins de Castillon remonte à ces années-là : un premier jardin a été ouvert en 1985 pour montrer les plantes en situation et leurs possibilités d'associations. Cette première partie dessinée par elle-même et son mari, fortement influencée par leurs nombreux voyages outre-Manche, est cloisonnée par des haies d'ifs taillés en 8 univers distincts. 
La justesse des proportions des allées, des bassins, des haies et la totale maîtrise du choix des plantations soulignent la pertinence du parti d'origine. Le charme est intact dans la Grande allée des fleurs, le Bassin aux Nymphéas, Le Jardin d'Eau...  
   L'Allée des fleurs
 
 Le Bassin aux Nymphéas


Le Jardin d'Eau 



 
 Une partie plus récente est l'oeuvre conjointe des Sainte-Beuve et du paysagiste graveur François Houtin. Il est suggéré aujourd'hui de commencer la visite par celle-ci :  trois terrasses successives aux ambiances radicalement différentes, magnifiquement réussies. 

L'allée centrale qui relie les trois terrasses
 
 Cette seconde partie des jardins est dominée par d'élégants topiaires d'ifs taillés en pièces d'échiquier.

Dans ses jardins Colette Sainte-Beuve joue avec maestria les contrastes entre les formes, entre les couleurs comme les jeux de nuances des plantes. Le jardin est fleuri, par touches, sans saturation. C'est le vert et la palette infinie des feuillages qui fait l'harmonie des jardins. 
Une touche de pourpre fait "chanter" les verts
Nuances et contrastes en jaune

Contrastes des fleurs blanches : magnolia (sinensis?), styrax?, nymphéa
 


Le jardin est "habité" par des créatures drôles et  poétiques, discrètes, à découvrir en observant bien.
Un oiseau surprise 


 Des grues couronnées à Castillon?
 
Un couple de canards bien sage...
 Le parcours s'achève dans la clairière ensoleillée au centre du premier jardin. Je n'ai pu m'empêcher de refaire le circuit de visite à l'envers pour revoir les séquences qui m'avaient tant plu.
  Le jour de ma visite en semaine fin mai, Colette Sainte Beuve accueillait elle-même ses visiteurs. Inlassablement, toujours autant passionnée, son désir est d'être dans son jardin. "Il y a tant à faire".  Elle aime partager son enthousiasme et en parle si bien sur cette vidéo en page d'accueil du site internet des Jardins de Castillon: jardinscastillonplantbessin.com (Jardin jardinier. CRT Normandie YouTube): "il faut de la patience mais voir grandir un jardin c'est merveilleux...c'est extraordinaire de pouvoir faire un jardin". 
Les jardins de Castillon sont ouverts à la visite l'après-midi : du mardi au samedi du 1er mai au 12 octobre, et le dimanche en juin et juillet.