mercredi 16 mai 2018

Confession jardinière... Histoires de fougères

Dans le précédent article je n'ai pas tout dit. Certes le péché mignon de mon admiration sans limites pour les hydrangeas à fleurs plates a été avoué...Celle-ci ne ne se départit pas depuis l'élégance admirée il y a longtemps des grands h. macrophylla Sea Foam de la forêt de Bébour à la Réunion. Une plante envahissante là-bas. Mais plusieurs nouveaux sujets de curiosité depuis l'arrivée dans ce jardin à créer n'ont guère été évoqués ... les rhododendrons botaniques américains (caducs), les fusains, les fougères... en particulier les fougères persistantes qui tolèrent la sécheresse. Les premières viennent de sortir leurs nouvelles frondes, il est temps...
  
Dryopteris cycadina (ou dryopteris atrata)
Leurs jeunes crosses en "trompe d'léphant" noires sont caractéristiques..
  Dans "la coulée des hydrangeas" des groupes de fougères dont plusieurs dryopteris cycadina  ont été disposées entre les arbustes. 

Les fougères et des hellébores orientales font le liant entre les h.serrata de variétés différentes. De ce fait la "coulée des hydrangéas"  est aussi jolie pendant l'hiver. 

Dryopteris buschiana
Longtemps une belle inconnue (le nom ayant été malencontreusement égaré après l'achat) elle vient d'être identifiée par Anne-Marie spécialiste des fougères (pépinière "Les jardins d' Ecoute s'il pleut").
 Les frondes fines et légères du vert le plus clair de la dryopteris buschiana font inévitablement remarquer cette fougère.
Elle va garder ce vert frais toute la saison. Les trois pieds sont plantés en isolé pour bien les mettre en valeur.

Polystichum setiferum
Des "costaudes", les premières introduites dans ce jardin avec les polystichum polyblepharum lorsque j'ai constaté que des fougères (autres que la fougère aigle....) étaient présentes spontanément en pied du talus et à l'ombre de la façade nord.  
Les jeunes crosses des polystichum setiferum ont un aspect quasi laineux.

 Robuste, capable de résister aux courants d'air le temps que la haie sur le talus se reconstitue, elle s'est développée rapidement et prend de la hauteur (1m).

 Dryopteris affinis
Plusieurs polystichum setiferum et dryopteris affinis ont été plantés en même temps que les arbustes dans un massif à l'entrée du jardin.


Les dryoteris affinis et dryoteris affinis Pinderi (aux frondes plus étroites) sont  intercalées entre un choix de vivaces, grands sceaux de Salomon, campanules, geranium sylvaticum Mayflower, simples ancolies (aquilegia vulgaris et alpina), geranium phaeum Samobor...
 Dryopteris affinis en situation devant le rhododendron luteum 

Après la plantation des arbustes et des fougères j'ai d'abord laissé le geranium phaeum Samobor se ressemer à foison pour "occuper le terrain". Le temps qu'arbustes et fougères s'installent et que les autres vivaces se ressèment à leur tour. Entre sont glissés quelques "accents" dont des iris sibirica Tropic Night et iris chrysographes en désespérante amoureuse des fleurs noires...

samedi 12 mai 2018

"La plante, pour la plante ?"

Ou pour un jardin? La question peut sembler idiote ou provocatrice (elle l'est un peu). A parcourir les allées des Fêtes des Plantes, écouter les visiteurs, "je la veux, je l'ai, je ne l'ai pas", un jardin ne serait-il qu'une accumulation de plantes, une envie de "collection" avec l'objectif du toujours +, de la surenchère du nombre ? (Il arrive que des jardins ouverts à la visite se présentent ainsi).  

La jardinière anglaise Gertrude Jekyll, renommée pour avoir créé et mis à l'honneur les "mixed-borders" notait pourtant dans un de ses ouvrages : "Je suis absolument persuadée que fréquemment la réunion de nombreuses plantes, quels que soient leurs qualités et leur nombre, ne constitue pas un jardin : ce n'est qu'une collection...alors qu'à mon avis, notre devoir à l'égard de nos jardins, comme à l'égard de nous-mêmes, jardiniers en quête de perfectionnement, est d'utiliser les plantes pour composer des tableaux séduisants"...
 Les Grandes Bruyères (45) . Un arboretum certes mais mis en scène et reconnu Jardin Remarquable

Balayons devant la porte. Avec l'enthousiasme de la débutante, émerveillée devant la palette phénoménale des végétaux, j'ai cédé dans mes jardins précédents à ce désir "d'avoir" toute une gamme de rosiers anciens, de géraniums vivaces, de sureaux, de sedums, d'épimédiums et j'en passe...
Est-ce la maturité, l'oeil exercé par les visites de "Grands" jardins, les lectures sur l'histoire et l'art des jardins, les rencontres ? Un peu tout cela certainement. A l'arrivée ici, l'évidence du projet " un jardin dans un paysage ou le paysage dans le jardin" a conduit à me réfréner sur les plantes. Supprimer sans état d'âme de nombreux végétaux horticoles plantés il y a quarante ans "qui n'allaient pas" a sans doute accéléré la réflexion.
Surtout penser structure du paysage, perspectives, échappées visuelles, échelle des strates (arborée, arbustive ...), cohérence des végétaux entre eux (biotope, origine géographique), gamme chromatique du site naturel, contrastes des ambiances et des scènes.
 Le Bois des Moutiers (76). Les jardins autour de la maison "à l'anglaise" dessinés par l’architecte Sir Edwin Lutyens avec la collaboration de son amie Gertrud Jekill.

Les végétaux nouvellement plantés ici, soigneusement choisis, je les apprécie particulièrement pour eux-mêmes. Mais outre évidemment qu'adaptés à la nature du terrain ils vont a priori s'y "sentir bien", ils ont été sélectionnés comme "outils" au service du projet de jardin. Donc le choix a été drastique.
Une chambre de verdure au jardin "La Maison" (22) de la paysagiste Clare Obéron  

Hormis quelques exceptions, un même arbuste une fois que je l'ai testé est planté en plusieurs exemplaires dans une scène qui se veut "naturelle" (stachyurus praecox, stephanandra tanakae, fothergilla major...) Très peu à l'unité.
L'allée centrale du verger bordée d'un même magnolia de printemps. Jardins du Grand Courtoiseau (45). Jardin Remarquable 

De même les vivaces en "mosaïque" (dans la bordure du talus ou les massifs de l'entrée) : plusieurs exemplaires de quelques vivaces très différentes imbriquées les unes dans les autres en s'inspirant de la nature comme le recommande de longue date Didier Willery. (déjà en 1997. cf. Un jardin facile à entretenir. Bordas).
Pourtant je ne vais pas le cacher..."la coulée des hydrangeas" fait la part belle à une palette variée d'hydrangeas serrata. Et je ne peux me passer de différents épimédiums et diverses fougères. Quand on aime...
Pour conclure osons le contrepied (autre provocation?) avec le jardin Vrtbà à Prague. Un jardin baroque dans le style italien (1720) à l'arrière du palais de Joseph Vrtbà riche commandant du château de Prague. Un jardin de terrasses en trompe l'oeil adossées à la colline, ornées de sculptures de divinités romaines, offrant tout en haut un spectacle somptueux sur les toits et le quartier historique de Malà Strana. Quelques plantes oui, en broderies, au service de l'architecture...

mercredi 9 mai 2018

Sous la toise ....Petit arbre deviendra grand

Il est un moment particulièrement émouvant lorsqu'on crée un jardin, quand un jeune arbre planté quelques années auparavant vous dépasse et devient plus grand que vous. Les échelles de temps et d'espace s'inversent. Là où de simples baliveaux à peine feuillus et leurs piquets ou tuteurs paraissaient presque incongrus à l'échelle des chênes et des pins cinquantenaires, on commence à discerner un port, une silhouette, les détails d'un feuillage plus large et abondant, une floraison épanouie. 

Mais ce qui m'émeut le plus, c'est pour la première fois pouvoir "passer dessous". L'arbre a pris de la vigueur et protège par son ombrage les arbustes et vivaces "de mi-ombre" disposées aux alentours.  Après l'avoir entouré de tous les soins, arrosé le printemps et l'été (les trois premières années au moins chaque semaine 10 à 20 litres au pied), nourri, tuteuré, protégé... à son tour il vous "prend sous son aile" si je puis dire.
Ayant 8 ans cette année un érable palmatum de semis protègera du soleil pendant l'été,entre autres, les trolles, astrantes, dryopteris erythrosora... 
 
Dans l'ancien jardin un malus Everest sur tige (sujet du deuxième article du blog Tempsdejardin. 6 avril 2007) m'avait déjà fait cette forte impression cinq ans après sa plantation (ce pommier d'ornement est d'une pousse rapide).

Ici, pour être "à la hauteur" des pins et des chênes, accentuer les différentes ambiances existantes du site, il convenait de créer un sous-bois, marquer les détours des (futurs) sentiers, rythmer les séquences de la promenade.
 J'ai disposé des sujets parfois en isolé (dont le cornus controversa Pagode) ou en association : dans ce cas des arbres aux affinités écologiques avec le site, entre eux.., de mêmes origines continentales (pas systématiquement), aux harmonies chromatiques (toujours...).
Le cornus controversa prend son port horizontal dès les premières années.
 L'histoire de ce cornus controversa Pagode est belle. Le cornus "Pagode" (ou cornouiller des Pagodes) ne fut d'abord pas facile à trouver, le plus commercialisé des controversa étant le "variegata" panaché de blanc (trop sophistiqué ici). Au jardin de Clairbois dans le nord du Cotentin,  Madame Egon était réticente à vendre le dernier "Pagode" de la pépinière : un tout petit plant malingre de 30cm, un tronc tors et une écorce abîmée, un petit bouquet terminal de feuilles bien vivantes pourtant.
 C'était en janvier 2015. Dès l'été suivant la plantation, à mon étonnement, un rejet vigoureux est apparu au pied, bien droit, et visiblement plus poussant (40cm la première année).  Je l'ai laissé faire...
 Le feuillage très sain aura de belles couleurs rouge et violine longtemps à l'automne
Un an plus tard j'ai raccourci une à deux branches du "pied-mère" tout en conservant au petit arbre suffisamment de feuillage. J'ai continué ainsi jusqu'en fin d'été dernier et supprimé alors au ras du sol le premier tronc resté plus faible.

 La floraison abondante et légère s'ouvre en blanc crème avant même le début de l'été 
En pleine santé le cornus controversa "Pagode" mesure ce printemps plus d'1,80m et je ne doute pas qu'à la fin de l'été je puisse aisément "passer dessous". Qui l'eut cru?

lundi 7 mai 2018

Le Clos d'Armoise

Philippe Le Goff est irrésistiblement un homme des champs. Résolument décidé à vivre dans et par la nature, c'est un peu par hasard, après des études horticoles, qu'il s'est installé en 1997 dans le Pays de Vannes pour y créer sa pépinière. D'abord fixé sur les plantes condimentaires et médicinales, ses rencontres avec des jardinières et jardiniers connaisseurs et passionnés lui ont fait découvrir des plantes rarement commercialisées, des vivaces surtout (plusieurs de ces merveilles sont toujours au catalogue).  Il s'est à son tour passionné et n'a cessé depuis d'enrichir la collection.

Vingt ans plus tard, le Clos d'Armoise est une pépinière reconnue pour la richesse et la variété de la gamme de vivaces et graminées comme pour la qualité de sa production. Chaque fin de printemps "il repart à zéro", détruisant le stock de l'année en cours, refaisant les semis et les multiplications à partir des pieds mères afin de garantir des plants qui soient à l'aise dans leur contenant et en pleine croissance.

Tous les ans je découvre des"pépites", des plantes récemment récoltées lors d'expéditions botaniques ou réputées difficiles à multiplier : Philippe Le Goff réalise pour celles-ci ses propres semis avec rigueur et ténacité... (Ainsi par exemple le smyrnium perfoliatum, une ombellifère bisannuelle vert chartreuse dont le semis nécessite des graines très fraîches pour réussir).

Il propose aussi une sélection de dernières obtentions brevetées qu'il a particulièrement repérées. Ses plantes sont présentées dans 10 catalogues thématiques (!) et une liste par ordre alphabétique (pratique quand même lorsqu'on cherche une plante).
Son site web bien référencé apparait régulièrement en haut de la première page... Philippe Le Goff accorde beaucoup d'attention à la présentation détaillée des plantes afin d'attiser la curiosité et diffuser les connaissances, sources de nouvelles passions... Il maintient pour cette raison son choix de serrer les tarifs dans l'objectif de rendre "la passion jardin accessible à tous". (cf. site web leclosdarmoise.com). 
 La pépinière est ouverte deux après-midis par semaine : c'est un bonheur d'y flâner à loisir d'abord dans le jardin clos récemment aménagé puis parmi les planches et les tunnels. 

 Hormis dans son environnement immédiat, on voit très peu Philippe Le Goff sur les fêtes des plantes. Sensible au "bilan carbone" de ses déplacements et de ceux des clients, il privilégie la vente par correspondance en consacrant tous ses soins aux expéditions.

Sa notoriété dépasse maintenant les frontières nationales avec des envois de plantes en Italie, en Suisse, en Angleterre (une reconnaissance...) et bientôt vers l'Allemagne après la traduction des catalogues. Lorsque le temps maussade me tient hors du jardin ou pour en connaître toujours davantage, je reviens avec plaisir sur le site web "feuilleter" quelques pages et je m'y réfère souvent pour ses descriptions.  Par chance Le Clos d'Armoise est proche :  j'ai couru à la pépinière dès le début du nouveau jardin... 

dimanche 6 mai 2018

Coups de coeur à Vannes Côté Jardin

Trois coups de coeur ce week-end en plus de la présence de plusieurs "très bons" pépiniéristes collectionneurs. Des créations artisanales qui se démarquaient des produits importés ou d'autres créations improbables...  Ces trois créateurs sont installés dans l'ouest.

La poésie des topiaires de Jacques Aubert

Des animaux et des personnages pleins de malice qui pourraient paraître fragiles alors qu'ils sont faits pour durer au jardin. Les enfants (et pas que...) étaient irrésistiblement attirés sur ce joli stand poétique.
 Sur place Jacques Aubert prenait soin de faire la démonstration de sa fabrication.
 
Des petits sédums sont incrustés dans la structure, ainsi sur le dos des mères l'oie.
 
 
Le charme intemporel des paniers en grillage du fabricant Aert-Fil
 Déjà remarqués à Saint-Jean de Beauregard les paniers en grillage de l'entreprise Aert-Fil ont le charme intemporel des objets d'usage. Fabriqués en France, tissés manuellement à partir de fil galvanisé, ils sont pratiques et légers pour la récolte, la cueillette (...la pêche à pied...) ou le stockage.
 
De toutes tailles et en plusieurs mailles pour adapter parfaitement le contenant au contenu le choix est vaste et peut demander réflexion... Sur la page d'accueil du site internet (fabricant-panier-grillage.fr), cliquer "Paniers", Achat paniers, pour accéder à la gamme proposée.

L'entreprise familiale en est à la troisième génération et Aude a repris le flambeau. Un challenge pour la jeune femme visiblement enthousiaste et entreprenante...tempérament de famille.


La pertinence des vanneries de Caroline Chomy
Pas facile de se démarquer  de la concurrence en matière de vannerie. Pourtant le stand de Caroline Chomy était différent. Elle connait le jardin, c'est sûr. Et le traitement de son osier en autoclave prolonge sa durabilité.
Cônes de forçage, dômes de protection, "tuteurs" de soutien à de petites grimpantes ou rampantes, sa production évoque les structures réalisées pour accompagner ou protéger des végétaux au potager du Prieuré d'Orsan.
Caroline Chomy réalise des structures sur mesure. Elle crée aussi des suspensions pour les fleurs...et les oiseaux.
 Trois coups de coeur donc, rares sur ce type de manifestations. Outre leur présence à quelques dates, Jacques Aubert reçoit chez lui dans son atelier à St-Thélo (22) (cf.www.lavienvert-topiaires.fr), Caroline Chomy invite à la contacter pour découvrir la vannerie (www.carolinechomy-vannerie.fr). Et la gamme de paniers d'Aert-Fil est disponible en vente en ligne. Merci à eux d'agrémenter notre vie de jardiniers...

vendredi 4 mai 2018

La primevère veris Sunset Shades

Un nom poétique, leur cousinage avec le coucou des campagnes (primula veris), des nuances de couleurs qui seraient "justes" en lisière du massif orangé : des arguments qui m'ont tenté lorsque je l'ai déniché sur le catalogue en ligne de la pépinière Le Clos d'Armoise.
 J'en suis ravie. Dès ce premier printemps, les quelques pieds installés entre d'autres vivaces sont très florifères, la première floraison étant relayée par celle des tiges secondaires.
 
Chaque pied a ses propres nuances, jaune pâle et orangé, oranges lumineux, petit coeur jaune et rouge profond (qui va si bien au noir..).  
 Le feuillage persistant n'a pas bronché pendant l'hiver. Et elle devrait se ressemer. La plantation à mi-ombre dans un sol frais et riche lui convient comme à toute primevère. Dans le massif cette floraison va bientôt être relayée par celle des benoîtes (geum "Mai Tai") puis des hautes digitales ferruginea. "And so on"...


jeudi 3 mai 2018

Un cadeau surprise: l'anemone nemorosa

Au pied de l'hydrangea angustipetala macrosepala ramené du Vasterival en février 2017, quelques petites feuilles caractéristiques de l'anémone des bois (anemone nemorosa) étaient apparues l'automne dernier. 


Elles ont prospéré cet hiver autour de l'hydrangea et je me faisais une joie à l'avance de voir les jolies fleurs de renoncule (sa famille) blanche. Que nenni! Ce furent de minuscules et étonnantes fleurs vertes, d'un vert tendre et clair comme les feuilles.  Je suis restée perplexe un bon moment.
  Les fleurs minuscules montent maintenant en graines
Sur le site web de la pépinière du Clos d'Armoise j'ai cru identifier l'anemone nemorosa "Virescens",  une curiosité botanique dotée du fameux Award of Merit de la RHS. Mais le doute subsiste : celle-ci a des fleurs minuscules et moins touffues que la "Virescens" si j'en juge d'après les images sur la toile. 

Qu'importe. Elle "me va bien" cette petite, occupant le terrain encore nu au pied de l'hydrangea, formant un tapis clair non loin de vivaces en train de s'étoffer (geranium phaeum alba, symphitum Hidcote Blue)
 Ou d'autres qui ne font que démarrer, une grande "campanule" (adophora pereskiifolia White Blaze) et trois fougères (phegopteris decursive pinnata) dont il me faudra reparler.