dimanche 3 juin 2018

Histoires de fougères (2)

 Des persistantes encore. Persistantes elles le sont jusqu'à un certain point, variable selon les espèces et la situation dans laquelle elles sont exposées. Exemple en est le polystichum polyblepharum.

Polystichum polyblepharum
Cette fougère originaire du sud de la Corée, est de la Chine et du Japon, donnée comme résistante jusqu'à -25°, s'effondre à des températures plus basses. Ici, à -8°-10° cet hiver elle a perdu sa superbe contrairement aux hivers précédents, surtout les deux pieds calés de part et d'autre du puits en bas du jardin. Ils repartent tardivement maintenant, sortant tout juste de nouvelles crosses et frondes.

Les plants au pied du talus ont moins souffert. Il n'empêche. Son allure à nulle autre pareille, son aspect brillant et puissant, le contraste entre le vert émeraude des frondes et le roux des nervures, sa forte présence où qu'elle soit font du polystichum polyblepharum à mon sens une fougère incontournable.D'autant qu'elle pousse en terrain calcaire comme en sol acide.
C'est une grande (1m d'envergure) formant rapidement un beau volume, à placer vraiment en isolé. Je ne l'ai pas mélangé à d'autres fougères dans la coulée des hydrangeas. Elle est plantée de place en place au pied du talus nord, en balance d'arbustes et vivaces  caducs. Et à l'ombre elle brille d'un tel vert émeraude ....

Polystichum tsus-simense
Pas tout à fait le petit frère du précédent mais...le même vert émeraude. Egalement d'origine asiatique (élargie à la Thaïlande, Laos, Vietnam) son nom provient d'une ville du Japon (Tsu-Shima). C'est une fougère précieuse que j'ai plantée à divers endroits du jardin sur le talus nord et dans le petit patio contre la maison. 
Au pied du talus un polystichum tsus-simense planté volontairement à côté d'une fougère indigène qui elle disparait complètement l'hiver
Le polystichum tsus-simense se plait aussi dans des potées. Son comportement vis à vis du froid est proche du précédent. Il réagit peut-être un peu plus, ses frondes ayant tendance à griller à partir de -5° sur le talus. J'en "peigne" le coeur avec les doigts pour le nettoyer... A l'abri des murs du patio il n'a pas bronché cet hiver.
Les toutes nouvelles frondes vert tendre virent ensuite au vert émeraude.

Dryopteris wallichiana
Changeons de continent encore que. Cette fougère est très répandue sur la planète, en Amérique centrale et sud, Madagascar, de la Turquie au Japon..jusqu'à Hawaï (en sol calcaire ou acide, peu lui importe). Elle a été désignée du nom d'un botaniste anglais Nathaniel Wallich. On pourrait presque identifier sa provenance en l'observant, la nervure centrale et les écailles brunes étant plus claires chez les américaines et très foncées chez les asiatiques. 

Ce dryopteris n'est persistant que lors des hivers très doux (mais résiste juqu'à -25°). Sinon la taille des frondes est telle qu'à plat sur le sol pendant l'hiver celles-ci me servent de couvre-sol provisoire... Le port graphique du dryopteris wallichiana, l'ampleur (jusqu'à 1m de haut), l'aspect bicolore des frondes, vert clair et brun dégagent une forte personnalité. Sa verticalité à la sortie du printemps est spectaculaire. Pour ces raisons je ne mélange pas non plus cette fougère à d'autres espèces. 
Plusieurs pieds plantés ensemble soulignent sa verticalité. Ils marquent un des changements chromatiques du massif le long du talus, entre les pourpres et les verts jaunes.  

Dryopteris crassirhizoma
Persistant ou caduc? "It depends" des températures hivernales et je constate que son aspect diffère selon pendant la mauvaise saison (résistant jusqu'à -15° quand même). Le port de cette fougère est particulier, en large couronne évasée, de grandes dimensions (les frondes pouvant atteindre 1m), d'un vert si clair qu'elle illumine à elle seule un coin ombragé.  
Encore une asiatique. Elle non plus je ne l'ai pas mélangé à d'autres espèces car comme la précédente son allure est très exotique. Tout en haut du jardin dans l'endroit le plus sombre et relativement sec, le dryopteris crassirhizoma a été planté en nombre devant un arbousier Marina, camellia blanc et pieris Mountain Fire
La fougère fera couvre-sol en à peine 3 ans accompagnée en bordure de l'epimedium rubrum (lui irrémédiablement caduc ici, je ne sais pas pourquoi...). 
Et pour ceux qui penseraient "encore du vert !", je terminerai cette fois avec le dryopteris erythrosora prolifica, quasi persistant même si le vent froid de l'hiver plie ses frondes. Cette haute fougère n'est pas très dense, son port échevelé mais j'aime la frôler en prenant le sentier qui démarre sous l'acer palmatum

2 commentaires:

maryse h a dit…

Toujours aussi impressionnée par ta collection .Elles supportent le sec ou pas celles ci chez toi ? Je m’attarde juste sur la Wallichiana qui chez moi n'a jamais été persistante .Mais je l'adore avec ses nervures noires sur les crosses.Tu sais très bien les mettre en valeur et les grouper par trois sont du plus bel effet .C'est pourquoi j'ai repris certaines d'entre celles que j'aime à Bagnoles de l'Orne pour faire des groupes. J'ai noté la Crassirhimoza pour l'année prochaine.Merci pour la description précise de tes fougères.C'est passionnant!

Dominique a dit…

J'ai introduit toutes ces fougères sans vraiment un esprit de collection. Choisies plutôt pour s'accorder dans des scènes paysagères ou massifs et différentes ambiances. "Toutes ne vont pas avec tout". C'est pourquoi il y a de nombreuses espèces, regroupées par 3, 5, 7....dans différents endroits du jardin. Je fais comme toi des groupes, j'en recommande au fur et à mesure de l'agrandissement des massifs (ce qui étonne Julien Caillarec notamment mais en garçon discret il ne fait aucune remarque...). Oui elles supportent plutôt le sec temporaire de l'été, certaines moins le vent et les courants d'air (qui plient et cassent les frondes)surtout lorsqu'elles sont jeunes. Mais mon sol n'est pas vraiment très sec. Les fougères caduques y sont plus sensibles(athyrium otophorum "okanum" que j'arrose l'été en même temps que les heuchères villosa, la dryopteris lepidopoda qui préfère un sol humide). Il faut aussi veiller à bien planter les fougères pour éviter qu'elles se déchaussent et sèchent. Les entourer de feuilles mortes en paillis les aide à démarrer. Merci Maryse.